Un pays d’échanges


Par Ibrahim Chalhoub Rédigé le 10/03/2011 (dernière modification le 09/03/2011)

Les Phéniciens, anciens marchands de la mer, étaient maîtres du troc. Plus de 2000 ans après, leurs descendants essaient de revenir à cet échange faute de monnaie.


Même pas d’échanges (c) Ibrahim Chalhoub
Dans la queue, en attendant mon tour pour honorer la facture mensuelle de téléphone, un homme dans la quarantaine était entrain de négocier à la caisse. Il lui manquait 11 dollars pour acquitter sa facture. Sa solution était de combler le manque avec une carte de recharge des lignes payées à l’avance que quelqu’un lui a échangé contre la même somme il y a une semaine. Le Liban subit d’ores et déjà un retour à un mode de vie de l’ordre de l’archaïque.
Au début de la guerre en 2006, les Libanais ont stocké de la nourriture et des médicaments suffisamment pour 3 mois en une semaine pour "défusionner" des achats pendant toute la guerre. Et depuis, le cycle fusion - défusion avec les "souks" provoque des difficultés de stockage. Les magasins ont élargi leurs stocks pour répondre à la demande durant l’hystérie des achats. Ils se sont retrouvés en difficulté de paiement lors des longues périodes de stagnation. Pour ceux qui ont le choix, le troc peut aider, mais pour combien de temps ?
Le Liban subit une dégradation de la vie quotidienne au niveau de l’essentiel. Une augmentation des prix de la nourriture atteignant le quadruple parfois, pèse sur le salaire qui n’a plus de poids (1.67 Euro/jour étant le minimum).
Alors que les rues sont presque vides depuis les bombardements des ponts en 2006, une jeune fille attend devant la porte d’une banque prête, elle aussi, à des "échanges" avec les hommes sortant avec leur mille dollars (quota hebdomadaire maximale déterminée par les banques durant cette guerre). La prostitution pourrait atteindre un pic dans les mois à venir tant que l’économie libanaise procède au gel de liquidités.
Une autre "profession" se développe vite durant cette phase difficile dans un pays qui n’en a pas l’habitude. Les voleurs travaillent jour et nuit en allant du pic-pocketing au vol de voiture en plein jour en "échange" sous la menaces d’armes à feu. La délinquance se mêle au besoin au désarroi des pulsions au niveau individuel aussi bien que social pour déstabiliser la loi qui réprimande l’acte sans vraiment l’équilibrer avec les raisons liées à une souffrance gouvernée par le déni.
Dans une telle situation et pendant que les partis politiques procèdent à des échanges d'accusations, la préparation des cellules terroristes procède à une multiplication mitotique de ses composantes pour se rajouter aux malheureux échanges du pays des Cèdres.





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