Une élégante collectionneuse à Lyon


Par Jeanne Voisin Rédigé le 09/01/2015 (dernière modification le 09/01/2015)

Le musée des Beaux-Arts expose depuis le 8 novembre dernier la collection, une quarantaine d’œuvres, que la troisième épouse de Sacha Guitry a léguée au musée de sa ville natale. "Jacqueline Delubac. Le choix de la modernité. Rodin, Lam, Picasso, Bacon" est visible jusqu'au 16 février prochain.


Fille d'un négociant en soieries, elle naît le 27 mai 1907. Devenue orpheline de père, elle passa son enfance à Valence avec sa mère avant de partir pour Paris où elle se lance dans le monde du spectacle. Elle rencontre Sacha Guitry qu'elle épouse le 21 février 1935, après Charlotte Lysès, Yvonne Printemps et avant Geneviève de Sérévile et Lana Marconi. Il a 50 ans, elle 28, pour pouvoir faire un de ces mots dont il a le secret, il la rajeunira de trois ans "J'ai le double de son âge, il est donc juste qu'elle soit ma moitié"… Il la décrivait "Très brune, un front démesuré et des sourcils épais, de très beaux yeux, un petit nez relevé, spirituel, dans un visage qui s’amincit, presque tragique quand il est grave, et qui devient enfantin sitôt qu’il sourit". On la vit dans des films emblématiques de son mari notamment "Le roman d’un tricheur", "Faisons un rêve", "Désiré", "Quadrille" et de nombreuses pièces dont "Le Nouveau Testament", "Villa à vendre" ou "Le mot de Cambronne". Ils divorcèrent le 5 avril 1939. En 1976, dans "Faut-il épouser Sacha Guitry?" elle reviendra sur la personnalité de son ex-mari.
Jacqueline Delubac tourne encore pour quelques réalisateurs et pas des moindres, Pabst, Tourneur, L'Herbier et joue dans quelques pièces de théâtre. Elle arrêta sa arrière de comédienne au début des années cinquante, vend les bijoux et les fourrures dont Sacha Guitry l'avait couverte et commence sa collection d’œuvres d’art. Muse des poètes tels Léon-Paul Fargue, amie de peintres pour lesquels elle posa comme Bernard Buffet, qui fit son portrait en 1955, figure du tout-Paris, désignée par le Vogue comme l’une des dix femmes les plus élégantes du monde, elle avait un goût très sûr. "J’ai un bon œil, j’ai eu le bonheur d’acheter des peintures de Poliakoff , Fautrier, Dubuffet , qui étaient peu connus et j’ai la joie de les avoir acquises quand tout le monde se moquait de moi" déclarait-elle. En 1981, elle avait épousé Myran Eknayan, riche propriétaire d'une mine de diamants arménien et collectionneur d’œuvres principalement impressionnistes. A la mort de ce dernier en 1985, elle hérite de sa collection et en 1993, en fit don au Musée des Beaux-Arts de Lyon. Jacqueline Delubac meurt le 14 octobre 1997, à l'hôpital de Créteil, près de Paris, des suites d'un grave accident dont elle avait été victime.







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