Wanderlust Ice & Ink – Édito : Devenir aerialiste sur glace, relier le patinage artistique en couple et les arts du cirque


Par Rédigé le 14/01/2026 (dernière modification le 15/01/2026)

Je suis patineuse artistique professionnelle en couple et aerialiste sur glace, et je me produis dans des spectacles internationaux à travers le monde. Ma carrière artistique a été façonnée par deux disciplines qui coexistent aujourd’hui au cœur de mon identité créative : le patinage en couple, ancré dans la glace sur laquelle j’ai grandi, et le travail aérien, développé au fil d’années d’entraînement dans les arts du cirque puis affiné sur glace.

Cet édito explore la manière dont ces deux chemins se sont progressivement rejoints, non pas par stratégie planifiée, mais par expérience, nécessité et choix créatif. C’est une réflexion sur le mouvement comme langage, sur la façon dont un·e artiste s’adapte lorsque les circonstances changent, et sur la manière dont une identité peut évoluer sans renier ses fondations. Au-delà de la technique, cet article examine la construction d’une pratique artistique hybride, où le patinage et l’aérien se nourrissent l’un l’autre et où la performance devient à la fois un métier et une façon de vivre.

Je partage cette histoire pour offrir un contexte à une discipline encore largement méconnue — le travail aérien sur glace — et pour mettre en lumière les réalités qui se cachent derrière la performance professionnelle : l’entraînement, l’incertitude et l’engagement sur le long terme qu’elle exige. Cet édito ouvre la porte sur le chemin qui m’a façonnée en tant qu’artiste, entre la glace et les airs.


"Crois en tes rêves, travaille dur, reste déterminé, n’abandonne jamais, transforme-les en réalité" - Sarah

Wanderlust Ice & Ink – Édito: Becoming an Aerialist On Ice, Bridging Pair Skating and Circus Arts. @sarahaerial.ice Aerial Hoop Led On Ice.(c) Gaelle Robert.
Je suis aerialiste sur glace et patineuse artistique en couple, et je me produis dans des spectacles sur glace à travers le monde. Deux disciplines, un seul chemin, façonné par le mouvement, la discipline et des opportunités inattendues. Entre la glace et les airs, j’ai trouvé ma voix artistique — et c’est là que commence cet édito. En tant que patineuse professionnelle, j’ai toujours porté le même désir : exprimer qui je suis, partager mon univers intérieur et créer à travers tout ce que j’aime. Issue d’un milieu modeste et d’une petite ville industrielle en France, j’ai très vite compris que rien n’était acquis. Le travail, la concentration et la régularité n’étaient pas des options, mais une nécessité. Cet état d’esprit a guidé ma façon d’aborder chaque opportunité. J’ai grandi avec la discipline, la détermination, l’humilité et l’amour du métier. Je refusais de me laisser enfermer dans une seule étiquette ou dans des attentes liées à mes origines. Le simple fait qu’un chemin paraisse tracé ne signifiait pas qu’il était le seul possible. J’étais déterminée à construire le mien. Le patinage, puis le patinage en couple — a été mon premier langage. Il m’a appris la rigueur, le courage, la résilience, et m’a façonnée à la fois comme athlète et comme interprète. Après ma carrière en compétition, je suis devenue professionnelle et j’ai eu la chance de tourner dans plus de vingt-neuf pays sur cinq continents. Pourtant, juste avant la pandémie, quelque chose semblait dissonant. Techniquement et artistiquement, j’essayais de correspondre à une image qui n’était pas la mienne — plus douce, plus conventionnelle, alors que ma nature avait toujours été plus athlétique, brute et atypique. Le patinage ne me paraissait plus comme un espace où je pouvais pleinement exister. Pendant un temps, j’ai même remis en question toutes ces années passées à tendre vers une version de moi-même que je ne deviendrais jamais. Tout a changé lorsque je me suis autorisée à sortir du cadre du patinage seul. Pendant le confinement, j’ai approfondi le travail aérien auprès de mes coachs de cirque, Camille et Ina. Je me suis entraînée sans relâche, surtout sur le cerceau aérien, passant des heures dans le jardin de mon fiancé à apprendre des séquences, affiner la technique, construire le mouvement, jusqu’à créer mon premier numéro aérien sur glace. Cette période a été un tournant : non pas parce qu’elle a effacé le patinage, mais parce qu’elle m’a montré à quel point je m’étais limitée. L’aérien a reconstruit mon identité artistique. Il porte la même discipline, la même précision et le même engagement physique que le patinage, mais il a ramené la joie, la faim créative, la liberté et cette énergie brute qui me manquait. Lorsque j’ai introduit la lumière LED dans l’appareil, le mouvement est devenu narration — un dialogue entre la glace, l’air et les univers cinématographiques qui m’inspirent. Ce que j’ai découvert n’était pas une nouvelle direction, mais un alignement plus profond. Aujourd’hui, je continue à patiner en couple tout en développant l’aérien comme partie intégrante de mon langage artistique. L’entraînement aérien a affiné des qualités dont j’avais besoin sur la glace : contrôle, présence, intention émotionnelle, conscience du mouvement. Il a renforcé mon travail de patineuse et ouvert de nouvelles opportunités professionnelles, notamment sur les navires de croisière. En parallèle de mes shows, je développe de nouveaux projets aériens et j’explore d’autres agrès sur glace, comme les sangles aériennes, en construisant des numéros spécialisés, en parallèle de ma carrière de patineuse. Je n’avais jamais imaginé ce parcours à l’avance. Ce qui ressemblait autrefois à une fin est devenu le socle de mon état d’esprit le plus solide. Ce que je pensais devoir abandonner est devenu le cœur de ma créativité. Dans cet article, je partage mon histoire pour tous ceux qui se sont déjà sentis enfermés dans une seule définition, un chemin figé ou une attente qui ne leur correspondait plus. Au-delà de la technique et de la discipline, c’est l’histoire d’un corps qui apprend, s’adapte et se réinvente quand les circonstances changent. C’est le choix de la curiosité plutôt que de la limitation, et la preuve qu’une identité artistique peut évoluer sans effacer ce qui l’a précédée.

"Star Wars, Equilibrium" @sarahaerial.ice Aerial Hoop Led On Ice.(c) Gaelle Robert.

De l’enfance au patinage artistique en couple

From Childhood to Pair Figure Skating. @sarahaerial.ice and Ratibor Shirokov "Death Spiral" (c) Gaelle Robert
En grandissant à Saint-Nazaire, une ville réputée pour ses chantiers navals, j’étais fascinée par les grands paquebots. Pourtant, mes débuts sur la glace n’avaient rien de glamour, ils étaient pratiques. Asthmatique et souvent très malade enfant, je me suis mise au patinage pour gagner en force et améliorer ma santé. L’environnement frais et sain était recommandé pour m’aider à mieux respirer. Ce qui avait commencé comme une décision médicale est très vite devenu une passion. Je ne pensais pas encore à ce que le patinage pourrait m’apporter, il faisait simplement partie de ma vie. À six ans, je participais déjà à des compétitions, et le patinage est devenu mon principal objectif. En intégrant le système sport-études en France, jusqu’à l’université, j’ai dû apprendre à concilier école et entraînements intensifs, avec une discipline constante. Les journées commençaient à 5 ou 6 heures du matin sur la glace, se poursuivaient avec les cours, puis reprenaient avec encore des heures d’entraînement le soir. Les devoirs et révisions occupaient le reste de la nuit. Certains jours étaient épuisants, parfois au point d’en brouiller ma concentration. Pourtant, je n’ai jamais douté de mon amour pour le patinage, ni de mon envie d’en faire mon métier. Les études représentaient un plan de secours, une sécurité au cas où, mais mon cœur, lui, était sur la glace. Savoir que chaque matin levé et chaque journée difficile me rapprochaient de mon rêve me motivait. J’ai compris très tôt qu’exercer sa passion comme métier ne relève pas du hasard. Cela demande de la présence, de la constance et du travail. Avec le temps, ma trajectoire a naturellement évolué lorsque j’ai choisi de me spécialiser en patinage en couple. Pendant les stages d’été, enfant, je m’arrêtais pour regarder les couples s’entraîner, fascinée par la précision des portés et la façon dont deux corps pouvaient se mouvoir comme un seul. Il y avait dans cette discipline quelque chose de puissant et maîtrisé, une force dissimulée derrière l’élégance, l’effort caché sous la fluidité. Ce n’était pas intimidant, au contraire, cela me semblait familier, presque évident. J’ai toujours été attirée par l’acrobatie, par cette sensation de quitter la glace, de s’engager pleinement dans un mouvement, de faire confiance à l’élan et au timing. Le patinage en couple réunissait tout ce qui me fascinait : sauts, pirouettes, élévation, mais aussi écoute — de l’autre corps, d’un autre rythme, d’une autre présence. Cette discipline exige une implication totale. On ne peut pas hésiter. On ne peut pas penser uniquement pour soi. Chaque élément repose sur la confiance, la précision et une conscience aiguë de l’autre. Ce qui rendait le patinage en couple vraiment unique, c’était la sensation physique qu’il procurait. Patiner ressemblait soudain à une chute contrôlée, comme un manège à sensations, un équilibre constant entre adrénaline et liberté. Cela a transformé ma relation à la glace. Je ne faisais plus que patiner : je répondais, j’adaptais, je m’engageais. Avec l’entraînement quotidien, la confiance et la compréhension mutuelle se sont construites presque naturellement. Beaucoup de choses n’avaient pas besoin d’être dites. La glace devenait un langage commun, et la répétition créait une communication silencieuse. Le patinage en couple m’a appris qu’un véritable lien sur la glace ne se construit pas avec des mots, mais avec la présence, la constance et une passion partagée. Lorsque deux personnes s’investissent de la même façon dans le mouvement, le lien se forme de lui-même, par l’effort, le respect et la volonté d’avancer ensemble.

"Le patinage m’a appris que vivre de sa passion ne se produit pas par hasard. C’est une question de présence, de concentration et de travail au quotidien."

Ice Skating taught me that doing your passion as a living doesn’t happen by accident. It’s about showing up every day, staying focused, and putting in the work. (c) Gaelle Robert

Du monde de la compétition aux spectacles professionnels sur glace

From Competition to the Professional Ice Show World. @sarahaerial.ice and Aaron Guillespe. (c) Marvin
En 2014, mon parcours a de nouveau évolué lorsque je suis passée de la compétition aux spectacles sur glace. En quittant l’univers structuré des systèmes de notation, j’ai embrassé l’art et la narration liés à la performance. Le patinage de spectacle m’a permis de me connecter au public d’une manière nouvelle, en transformant les programmes en véritables expressions créatives. Les shows demandaient cependant beaucoup. Patiner plusieurs spectacles par semaine exigeait une grande endurance physique, et la scène en direct demandait une concentration constante. Mais cela apportait aussi une immense joie, les applaudissements du public, l’excitation de se produire dans des lieux incroyables, et ce sentiment d’appartenance à une équipe composée d’artistes et de patineurs venus du monde entier. Au fil des années, je me suis produite dans des arénas et théâtres à travers vingt-neuf pays. Tournée après tournée, tout semblait parfois surréaliste, surtout lorsque nous patinions dans des salles ayant accueilli des matchs NBA ou NHL. Cette année, j’ai franchi une nouvelle étape en me produisant sur un navire de croisière. Travailler aux côtés d’artistes, de musiciens et de membres d’équipage venus des quatre coins du monde m’a rappelé à quel point la collaboration permet de rassembler des talents différents pour créer quelque chose de fort et de mémorable. C’est aussi durant ce parcours que j’ai rencontré mon fiancé, qui exerce la même profession que moi. Voyager et vivre toutes ces expériences de patinage ensemble a rendu l’aventure encore plus riche. Partager les défis, les réussites et les joies avec quelqu’un qui comprend ce métier si intimement a donné une dimension supplémentaire à cette vie sur glace. Le patinage a façonné bien plus que ma carrière, il a façonné mon caractère. Il m’a appris la persévérance, l’adaptabilité, et la capacité de me relever plus forte après chaque chute. Il a commencé comme une passion d’enfance, il est devenu un chemin de croissance, d’expression et de résilience. Chaque obstacle, chaque moment heureux sur et hors glace, chaque rencontre, chaque défi, tout cela a contribué à construire la personne et l’artiste que je suis aujourd’hui. Par la suite, j’ai reçu l’opportunité de rejoindre les navires de croisière comme patineuse en couple, ce qui m’a ramenée à un rêve d’enfance. Les navires de croisière sont construits à Saint-Nazaire, et j’ai grandi en les voyant évoluer, certains intégrant même des patinoires. Rejoindre cet univers représente l’aboutissement de vingt-huit années passées sur la glace, dont dix dans le patinage professionnel. Cela signifie maintenir des standards élevés, travailler avec certains des meilleurs patineurs, danseurs, artistes et marins du monde, tous engagés à offrir des expériences inoubliables aux passagers. Le rythme de vie à bord est soutenu, chaque jour apporte de nouveaux défis, de nouvelles destinations, le désir constant de progresser et les responsabilités liées au travail d’équipe.

Interpréter m’a apporté la joie, les applaudissements du public, l’adrénaline de me produire dans des lieux incroyables, et la camaraderie née du travail avec une troupe de patineurs et d’artistes talentueux venus du monde entier.

"Performing brought joy, the applause of the audience, the thrill of performing in incredible venues, and the camaraderie of working with a cast of talented skaters and performers from around the world." @sarahaerial.ice (c) Gaelle Robert

From Competition to the Professional Ice Show World. @sarahaerial.ice and Joshua Levitt. (c) Tanay Rana

@sarahaerial.ice Performing Ariel on Disney On Ice.

Devenir aerialiste sur glace et réinvention dans le patinage professionnel

Becoming An Aerialist On Ice and Professional Skating Reinvention. "Faded" @sarahaerial.ice (c) Tanguy Lepage
Le cerceau aérien sur glace est exactement ce que son nom suggère, une combinaison de patinage artistique et d’acrobaties aériennes réalisée à l’aide d’un cerceau suspendu, également appelé lyra. Cette discipline réunit l’élégance et la précision du patinage, tout en ajoutant une dimension de vol. L’artiste évolue entre la glace et l’air, utilisant le cerceau pour créer des rotations, des figures suspendues et des transitions qui étendent le mouvement au-delà du plan horizontal. C’est une discipline visuellement saisissante qui demande à la fois la base technique d’un·e patineur·se et la force, le contrôle et la conscience artistique d’un·e aerialiste. Mon premier contact avec l’aérien remonte à 2017. Entre mes contrats de patinage, lorsque j’avais en général deux mois de pause, j’ai commencé à m’entraîner en studio sous la supervision de la coach de cirque avec laquelle je travaille encore aujourd’hui. J’ai débuté avec les tissus aériens et le cerceau aérien, utilisant ces périodes comme une opportunité pour explorer une discipline qui m’intriguait déjà dans certaines compagnies de patinage. À ce moment-là, je ne patinais plus en couple et je peinais à trouver un partenaire stable. Après des années passées à chercher, auditionner, attendre, je voulais sortir de ce cycle. Je souhaitais revenir à la scène en solo, tout en conservant ce langage physique que j’aimais dans le patinage en couple. L’acrobatie, les portés, la suspension, la sensation de voler avaient toujours été au cœur de ma relation avec la glace. L’aérien offrait une façon de garder cette sensation, l’intensité, l’engagement, la dimension verticale, sans dépendre d’un partenaire. Ces premières années d’entraînement aérien étaient surtout exploratoires. Je ne voyais pas encore l’aérien sur glace comme une discipline à part entière ni comme une carrière. C’était un espace de curiosité et de développement personnel, une manière d’élargir mon vocabulaire corporel tout en poursuivant ma carrière de patineuse. Le lien entre le patinage en couple et l’aérien me paraissait naturel. La force, la conscience de l’espace, le timing et la confiance développés sur la glace se traduisaient instinctivement dans les airs. Voler dans un porté et voler dans un cerceau obéissaient à une logique physique similaire, même si la structure était différente. La pandémie de COVID-19 a bouleversé le monde entier, et le milieu du spectacle n’a pas fait exception. Avec les patinoires, théâtres et salles d’entraînement fermés, les artistes ont dû trouver de nouvelles façons de continuer à pratiquer. Pour moi, cette période a été un tournant inattendu. Elle m’a offert quelque chose que je n’avais pas eu depuis longtemps, du temps. Du temps pour m’entraîner régulièrement, me concentrer sur mon corps et mon mouvement, sans tournées, sans contrats, sans transitions permanentes. Pendant cette période, l’aérien a cessé d’être un simple complément. Il est devenu central. M’entraîner chaque jour m’a permis d’approfondir ma technique, de clarifier mes intentions et de réfléchir à la manière dont l’aérien pouvait exister sur glace de manière cohérente et artistique. Ce qui a émergé n’était pas un départ du patinage, mais une extension. Une discipline où le mouvement sur glace pouvait s’élever verticalement et redéfinir l’espace. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’intégrer pleinement l’aérien sur glace après le confinement, non pas comme une expérience temporaire, mais comme une partie intégrante de mon identité artistique. Ce qui avait commencé comme une réponse aux circonstances, l’absence de partenaire, la curiosité, est devenu un choix artistique assumé. À partir de là, l’aerial skating n’était plus séparé de qui j’étais. Il est devenu la continuité naturelle de mon parcours. Face au manque d’endroit pour m’entraîner, mon fiancé m’a fait un cadeau incroyable, une structure aérienne installée dans son jardin. Cet espace est devenu mon refuge pendant le confinement, me permettant de poursuivre mon entraînement avec l’aide de mes coachs de cirque grâce aux visioconférences. J’apprenais les tissus et le cerceau, je m’entraînais avec elles au moins deux fois par semaine et je travaillais seule chaque jour. Quand le confinement a pris fin, j’ai pu transférer mon travail sur la glace et développer plusieurs numéros de cerceau aérien. C’était une étape clé pour fusionner la fluidité du patinage avec la sensation de l’aérien. Cette persévérance m’a ensuite menée à deux contrats déterminants en Allemagne, qui ont officiellement lancé ma carrière d’aerialiste sur glace. Travailler dans des productions professionnelles, à l’international, a marqué le début d’un nouveau chapitre où deux disciplines coexistent et repoussent ensemble les limites de ce qui est possible sur scène. J’ai eu la chance d’être entourée de personnes qui m’ont soutenue, aidée à filmer, créer, répéter, ou simplement continuer. Leur présence a rendu ce parcours encore plus riche. Avec le recul, ce qui avait commencé comme une nécessité durant une crise mondiale est devenu un moment fondateur. L’aerial skating m’a permis de me réinventer artistiquement et d’approfondir ma sensibilité. À travers tout cela, je mesure la chance d’avoir eu du soutien, des ressources et des opportunités. J’ai aussi appris l’importance de rester humble. Même si le public ne le voit pas toujours, c’est une discipline exigeante et parfois dangereuse, qui demande préparation et vigilance constantes. Oui, j’ai bénéficié d’aide et de confiance autour de moi, mais c’est aussi la détermination, la créativité et l’engagement quotidien qui ont transformé ces opportunités en réalisations durables. Le vrai progrès naît d’un équilibre entre soutien, préparation et volonté de réussir.

Becoming An Aerialist On Ice and Professional Skating Reinvention. "Nothing Else Matters" @sarahaerial.ice (c) Gaelle Robert

Performing Aerial Hoop On IceIn A Theme Park In Germany.

Cerceau aérien LED sur glace et projets à venir

Aerial Hoop Led On Ice And Future Project. "Star Wars Equilibrium" Aerial Hoop LED Act On Ice. @sarahaerial.ice(c) Gaelle Robert
Voler est devenu ma forme d’expression la plus instinctive. C’est un espace où le corps réagit avant que l’esprit n’intervienne, où le mouvement se déploie sans calcul, et où la création semble infinie. Dans les airs, je ressens une rare cohérence entre l’intention et l’exécution, entre l’effort et le lâcher-prise. Le vol offre une liberté artistique difficile à reproduire ailleurs, la sensation de se mouvoir sans gravité, de suspendre le temps, d’entrer dans un dialogue continu entre le corps, l’espace et l’air. Pour situer le contexte, je suis patineuse artistique professionnelle en couple sur un navire de croisière. Ces derniers mois, mon travail à bord a été entièrement consacré au patinage en couple, sans possibilité de voler. Il n’y a pas de points d’accroche disponibles, ni d’accès à un entraînement aérien sur le navire. Ce qui peut paraître comme une pause courte devient pourtant significatif lorsque le vol fait partie de son équilibre physique et créatif. Quelques mois sans aérien peuvent sembler interminables, non pas par manque de travail, mais par absence d’un mode d’expression précis. En tant que patineuse en couple, mon corps reste pourtant engagé quotidiennement. Les épaules sont sollicitées, la force se maintient, la coordination s’affine, et l’engagement physique ne se négocie pas. Beaucoup de bases techniques se transfèrent naturellement entre les disciplines. Pourtant, ce qui m’a le plus manqué pendant cette période n’était pas l’intensité physique, mais l’espace créatif que permet l’aérien. Dans les airs, la création précède la structure. Le mouvement s’explore avant d’être fixé. C’est là que les idées prennent forme, que la curiosité guide, que je me reconnecte à la raison même pour laquelle je bouge. C’est aussi l’endroit où mon passé de patineuse en couple trouve une nouvelle expression. Certains éléments issus de la technique de couple, comme la death spiral, sont devenus partie intégrante de mon vocabulaire aérien. Transposés en solo au cerceau ou aux sangles, ces éléments ne reposent plus sur un partenaire, mais sur la suspension, la rotation et le contrôle. Ils conservent la sensation de force centrifuge et de mouvement continu, tout en changeant de structure. Aujourd’hui, je développe plusieurs numéros en parallèle de ma carrière sur glace, afin de donner une forme concrète à ces impulsions créatives. Parmi eux, un numéro de cerceau LED inspiré de l’univers Star Wars, où la lumière, le contraste et le mouvement suspendu deviennent des outils narratifs. Je travaille également sur un numéro de sangles aériennes conçu pour un projet spécifique à venir, avec ses propres exigences techniques et artistiques. Les formats diffèrent, tout comme les intentions, mais ils reposent tous sur la même volonté, continuer à évoluer, affiner le mouvement, et pousser mon langage artistique plus loin, sur la glace comme dans les airs.

Star Wars: "Equilibrium"

Star Wars: "Equilibrium". @sarahaerial.ice (c) Gaelle Robert
Dans ce processus créatif, j’ai développé un numéro aérien intitulé Star Wars Equilibrium. Cette pièce est née d’un désir d’explorer la notion d’équilibre, non seulement comme état physique, mais aussi comme état émotionnel et narratif. Plutôt que d’illustrer directement une histoire, le numéro traduit les tensions sous-jacentes de l’univers Star Wars à travers le mouvement. La lumière et l’ombre, le contrôle et le lâcher-prise, la retenue et l’expansion structurent la chorégraphie et guident la progression de la performance. Ce numéro marque mon cinquième numéro de cerceau aérien sur glace et représente une étape importante dans ma recherche artistique. Pour la première fois, j’ai intégré la technologie LED directement dans l’agrès, permettant à la lumière de devenir un élément actif de la chorégraphie, et non plus un simple effet visuel. Créé sur les compositions emblématiques de John Williams, réinterprétées par Samuel Kim, l’univers sonore renforce l’architecture émotionnelle de la pièce et soutient sa dimension cinématographique. Profondément inspiré par la saga Star Wars, le numéro s’appuie en particulier sur La Revanche des Sith et Le Retour du Jedi. J’ai été touchée par la complexité du parcours d’Anakin Skywalker, sa descente vers l’ombre motivée par l’amour, sa lutte identitaire, et sa rédemption finale à travers son fils. Son histoire exprime la dualité de la nature humaine, le poids des choix et la quête permanente d’équilibre. À travers le mouvement, j’ai cherché à incarner cette philosophie plutôt qu’à la raconter. Le numéro se déploie comme une progression visuelle et émotionnelle, d’abord dans la clarté et la lumière, puis vers la tension et le conflit intérieur, pour atteindre finalement un état d’équilibre où les forces opposées coexistent dans un mouvement continu et contrôlé. Le cerceau LED ne fonctionne pas seulement comme un outil visuel. Il devient une extension du corps, définit l’espace, trace des trajectoires, et renforce la sensation de suspension. La couleur joue un rôle symbolique tout au long de la pièce. Les bleus vibrants évoquent la pureté et le côté lumineux de la Force. Les rouges intenses expriment la tentation, la puissance et le conflit intérieur. Les gris doux apparaissent comme un état d’acceptation où le contraste ne cherche plus à être résolu, mais à s’équilibrer. Le mouvement suit la même logique. Des moments d’immobilité laissent place à l’accélération, des positions ancrées évoluent vers le vol, et la rotation devient une négociation constante plutôt qu’une démonstration. Star Wars Equilibrium reflète mon exploration continue du travail aérien sur glace et au-delà, là où la discipline technique rencontre la création instinctive. Il s’inscrit dans une recherche plus large sur la manière dont le langage aérien peut coexister avec les bases du patinage, comment le vol peut rester précis tout en demeurant expressif, et comment le mouvement peut porter du sens sans dépendre des mots. Ce travail s’appuie également sur mon parcours en patinage en couple. Des notions telles que la force centrifuge, le contrôle et la continuité du mouvement influencent ma façon d’aborder la suspension et la rotation dans les airs. Ce projet n’aurait pas vu le jour sans le soutien d’une équipe artistique dédiée, dont le travail en lumière, chorégraphie, rigging et direction a rendu cette vision possible. Leur implication a permis au numéro d’évoluer avec cohérence et exigence. En regardant vers l’avenir, je ne considère pas Star Wars Equilibrium comme une finalité, mais comme une étape dans un processus créatif en constante évolution, qui continue de redéfinir la manière dont la glace, l’air et le récit peuvent dialoguer dans la performance contemporaine.

"Entre la glace et les airs, je continue de tracer mon chemin pas à pas, guidée par le mouvement, la discipline, le soutien des personnes que j’aime et la nécessité de rester fidèle à qui je suis en tant qu’artiste."

"Between ice and air, I continue to build my path step by step, guided by movement, discipline, the support of the people I loveand the need to remain true to who I am as an artist." @sarahaerial.ice "Nothing Else Matters" (c) Gaelle Robert
Ce parcours n’a jamais consisté à choisir une discipline plutôt qu’une autre. Il a consisté à rester honnête avec ma façon de bouger, de créer, et avec la manière dont ma relation à la performance continue d’évoluer. Le patinage en couple m’a apporté une structure, de la rigueur, et une compréhension profonde du travail à deux. L’aérien a ouvert un autre espace, où le mouvement pouvait s’étendre verticalement et où mon besoin de liberté et d’exploration pouvait exister sans compromis. Avec le temps, j’ai compris que l’identité n’est pas quelque chose de figé. Elle se construit à travers le travail, la répétition, le doute, et la capacité à remettre en question ce qui ne semble plus aligné. Me réinventer ne signifiait pas tourner le dos au patinage. Cela signifiait permettre à tout ce que j’avais appris de trouver une nouvelle place, une nouvelle forme, et une intention plus claire. Ce qui m’avait autrefois semblé être une limite est devenu une force lorsque j’ai cessé d’essayer de rentrer dans une image prédéfinie. Je partage cette histoire parce que le travail derrière la performance reste souvent invisible. Les pauses, les réorientations, le temps passé à chercher, s’entraîner et reconstruire n’apparaissent presque jamais sur scène. Pourtant, c’est là que tout se décide. Entre la glace et les airs, je continue de construire mon chemin pas à pas, guidée par le mouvement, la discipline, le soutien des personnes que j’aime et la nécessité de rester fidèle à qui je suis en tant qu’artiste.





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