INTERVIEW: Marième Dème, Directrice régionale de Wateraid pour l’Afrique de l’Ouest


Par Rédigé le 20/09/2013 (dernière modification le 20/09/2013)

Brave militante du secteur de l’eau et de l’assainissement et engagée dans ce secteur vital depuis plusieurs années, Marième Dème - qui est à la tête de Wateraid au Sénégal, présent dans sept pays de l’Afrique de l’ouest -, s’est prononcée en marge des réunions sous-régionales en prélude à la conférence AfricSan 4.


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Si l’amazone sénégalaise et africaine apprécie la tenue de ces rencontres, elle a partagé sa conviction que dans le mode des possibles aujourd’hui, on devrait enregistrer plus de progrès. Sans détour, elle pointe du doigt le manque de volonté politique, la mauvaise gouvernance démocratique avant de marquer son optimisme pour le secteur Wash et notre cher continent.
"Au 21e siècle, il n’est pas acceptable qu’une personne ne puisse pas avoir des toilettes pour avoir la dignité et la santé."


Selon vous, quel est l’intérêt de ces réunions sous-régionales dans le cadre de AfricaSan 4 qui se tiendra l’année prochaine à Dakar?

Photo courtoisie (c) DR
Je pense que c’est une excellente initiative d’avoir organisé ces rencontres sous régionales de revues des progrès, des défis et des définitions de plans d’ici 2015, avec une étape importante qui est la conférence sur l’assainissement qui sera organisée à Dakar. On peut toujours se demander à quoi servent toujours toutes ces réunions. Je viens de rentrer de la semaine mondiale de l’eau à Stockholm qui a porté sur la coopération. A ce rendez-vous annuel, on s’est posé la question de savoir si effectivement, on est en train de coopérer. Parce que si on veut transformer la réalité qui n’est pas tellement reluisante, de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, on doit absolument travailler ensemble. Mais, il ne s’agit pas seulement de travailler ensemble, c’est de bien travailler. Nous ne pouvons pas bien travailler ensemble si chacun de nous ne connaît pas la réalité dans les pays où nous intervenons. Et, si nous n’avons pas une vision partagée et des connexions qui se construisent sur la valeur ajoutée de chacune des institutions, nous ne pouvons pas avancer. Alors, je pense que nous ne l’avons pas fait AfricaSan 3 et là, nous avons appris du processus passé.

Est-ce que vous avez le sentiment avec l’organisation de ces réunions qu’il y a des progrès dans les pays?

On avance. Mais peut-être pas au rythme auquel, nous devons avancer pour pouvoir atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement de 2015. Il faut toujours se rappeler que les OMD ne concernent que la moitié de la population. Donc, il y a l’autre moitié que vous n’avez pas encore considérée. Je suis convaincu que c’est dans nos possibilités aussi bien pour les décideurs politiques, les ressources et même l’expertise. Nous avons des moyens, dans ce 21e siècle d’atteindre nos objectifs. Si on n’en est pas encore là, c’est parce qu’il n’y a pas suffisamment de volonté politique. Cette volonté politique ne consiste pas à dire qu’on se donne des objectifs et on promet de le faire. C’est surtout la mise en œuvre de cette volonté politique. On ne croira quand on verra. Donc, c’est bon de définir des stratégies, de s’engager à consacrer 0, 5 % du PIB à l’assainissement mais il reste que dans certains pays, nous n’avons même pas de ligne budgétaire consacré à l’assainissement.
L’autre problème, c’est la capacité. Ce n’est pas la capacité technique. Aujourd’hui, même si l’expertise n’est pas disponible au niveau local, il y en a dans le monde. Et cette expertise est accessible. Mais, si cette expertise n’est pas identifiée ou ce besoin d’expertise n’est pas identifié, pour aller trouver, cela est un autre problème. Le problème, c’est comment utiliser l’expertise disponible pour répondre à tous les besoins. Il y a aussi la question de la gouvernance qui est importante. Et cette question de gouvernance, souvent on se focalise sur la gouvernance des ressources financières. A mon avis, c’est important, mais ce n’est pas la seule gouvernance. Il y a la gouvernance démocratique, qui décide? Qui est informé? Qui participe à la définition des solutions. J’ai écouté quelqu’un dans le cadre d’un recrutement, dire que l’on regarde les populations comme des bénéficiaires et non pas comme des acteurs. Si on est d’accord que les solutions seront construites par tous, la communauté a un très grand rôle à jouer. Je fais partie de ceux qui croient à l’ingéniosité humaine. Nous avons des ressources humaines en Afrique de l’Ouest capables de trouver des solutions. Maintenant, est-ce qu’il y a la volonté politique, les instruments juridiques, les processus qui permettent une bonne gouvernance des ressources, à la fois démocratique, et technique. Malgré tout, je crois qu’il faut être positif. Il faut transformer les problèmes et les défis en solutions. Il faut avoir cette démarche. Nous sommes en retard par rapport à l’eau et à l’assainissement parce que nous ne mettons pas l’argent là où il faut travailler. Je pense que l’assainissement, lorsque l’on regarde par rapport à l’éducation, à la santé, à l’agriculture, il n’est pas acceptable qu’une personne ne puisse pas avoir des toilettes pour avoir la dignité et la santé. Nous avons la responsabilité de le faire maintenant. Wateraid est engagé dans cette réflexion pour trouver des solutions.

Quelle lecture faites-vous des priorités pour l’après 2015?

Souvent la priorité qui est vue, c’est l’agriculture. Que cela soit, la Guinée ou le Ghana. Je dis que le développement est un tout. Pour une question fonctionnelle, on sectorise, mais vous ne pouvez pas réfléchir pour l’accès à l’assainissement sans le remettre dans le contexte global. Maintenant, on parle des Objectifs du développement durable. Il est important de revenir à l’interdépendance de tous les secteurs. Mais il y a des secteurs clés ou si vous injectez des ressources, cela peut faire tache d’huile. Et le secteur de l’assainissement est un de ces secteurs. Parce qu’il faut considérer par exemple, la contribution des femmes à l’économie. Si les femmes sont malades donc elles ont moins de temps à consacrer à leurs activités. Donc moins de temps de fixer des objectifs.
C’est bon que nous ayons des objectifs pour le secteur de l’assainissement. Ce n’est plus un objectif plus large. Cela est extraordinaire. Il s’agit de voir également la rentabilité en investissant dans l’assainissement. Il y a une expérience de Corée qui montre depuis le 14e siècle que les populations avaient un système de collecte des urines pour les utiliser dans l’agriculture. Cela est important de considérer tout cela pour mobiliser davantage les énergies et les investissements.

Aujourd’hui, on parle de plus en plus des questions d’équité et d’inclusion dans le secteur WASH et notamment en matière d’assainissement. Pourquoi il est important de rechercher une prise de conscience par rapport à ces questions?

Nous avons même failli. L’inclusion et l’équité devraient être là depuis. Mais en fait, ma conviction, c’est qu’on ne peut pas parler de développement durable si on n’est pas inclusif. Ce n’est pas possible. Nous ne pouvons pas être efficaces dans les résultats si on ne considère pas les différentes composantes dans leur besoins et dans leurs apports. Donc, maintenant, par rapport à l’assainissement, les populations à risque, sont les femmes. Il y a une corrélation entre l’absence de latrines séparées, filles et garçons, sur le taux de fréquentation des filles et sur leur maintien à l’école. Si les filles ne sont pas maintenues c’est un peu plus la moitié qui n’est pas dans l’éducation. Il ne faudrait pas que l’inclusion et l’équité soient comme les questions de genre, ou chacun inscrira dans son programme pour chercher le financement et en faire un effet de mode. Il faut aller au-delà de cela. Il faudra comprendre pourquoi l’inclusion. Cela nous permet d’être plus efficace dans la promotion d’un développement durable pour nos pays.





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