Insalubrité à Conakry


Par Rédigé le 27/05/2018 (dernière modification le 26/05/2018)

La montagne d’ordures de Matoto, située entre deux communes, à la frontière entre Cosa (Ratoma) et La Tannerie (Matoto), est un souci pour les riverains "mais pas pour les responsables locaux".


La montagne d’ordures de Matoto, un souci pour les riverains

La montagne d’ordures de Matoto, située entre Cosa et La Tannerie. Au sommet, deux enfants à la recherche d’objets recyclables. Photo prise par Boubacar Barry.

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Au départ, il s'agissait d'une poubelle du marché contigu qu’on évacuait régulièrement. Aujourd’hui, c’est une montagne d’ordures, enfermée entre les maisons, les rails et les boutiques du marché. Située entre deux voies ferrées, celle de l’ancien train de transport urbain, longtemps supprimée, et celle de la Compagnie des Bauxites de Kindia (CBK). Ce dépotoir est désormais enclavé par les constructions et habitations alentours. "Pour qu’un véhicule puisse y accéder afin d’évacuer les ordures infectes, il faudrait détruire les habitations, les boutiques et autres étals du marché. Les administrateurs du marché n’ont pas daigné laisser le passage, ils ont vendu tous les espaces", accuse Yacouba Bah, fabricant de chaussures locales dont l’atelier est collé à un versant du dépotoir.

Cet endroit est une décharge pour tout ce qui est de plus immonde; une poubelle pour les centres de santé, le marché, les toilettes publiques, les lieux de prostitution alentours, le ménage, etc. Mamata Soumah a sa baraque de charbon en face du dépotoir. "Nous vendons ici malgré tout. Ce n’est pas facile de trouver une place. Et nous avons des enfants à nourrir et à éduquer", se lamente-t-elle. A force d’inhaler quotidiennement odeur et fumée suffocante, ils sont souvent malades (paludisme, maux de tête, fatigue générale…). Les plus vulnérables sont les enfants qui, ignorant le danger, folâtrent par la décharge à la recherche d’objets recyclables: fer, chaussures plastiques usées, emballages en plastique de sachets d’eau…
Comment font-ils pour se soigner ou prévenir les maladies? Les uns se soignent avec des médicaments antalgiques: paracétamol, ibuprofène, confo (massage liquide contre la fatigue). Les autres avec la pharmacopée, beaucoup développée avec la communauté soussou, majoritaire de la zone. Le lait fermenté, purifie, disent-ils, le sang des éléments toxiques. Certains le consomment chaque soir.

Ce dépotoir est accolé à la voie de la CBK, sur laquelle le train passe tous les jours, acheminant la bauxite vers le Port Autonome de Conakry. BaKaramokho, sexagénaire, est le superviseur des rails pour le compte de la CBK, "sans lequel le train ne pourrait passer". Son travail consiste à empêcher les populations de déverser les ordures sur les rails. Pas sans peine: "J’ai souvent des accrochages avec les gens", assure-t-il.
L'administrateur adjoint du marché, un jeune récemment promu à ce poste, pour qui s’exprimer au micro d’un journaliste serait se compromettre, n’a pas souhaité commenter le sujet. "La gestion du marché est une réalité très profonde", laisse-t-il toutefois entendre.

Cette décharge n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. "Par manque de dépotoirs", les citoyens ont pris l’habitude de déposer les ordures partout: aux carrefours et sur les trottoirs des grandes routes, près des marchés, etc. A rappeler que l’éboulement de la décharge de Dar-Es-Salam le 22 août 2017 avait fait 9 morts et des dégâts matériels considérables.







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