La mort à nos trousses


Par Rédigé le 04/01/2019 (dernière modification le 03/01/2019)

"La vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible" Woody Allen, cinéaste américain. A la naissance, notre seule certitude est qu’on va tous mourir un jour.


Population vieillissante et nombre de décès en hausse

L'euthanasie fait débat dans le paysage politique. Photo (c) Seth0s

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La mort peut être un sujet tabou et difficile à évoquer sans éprouver une inquiétude et se poser de nombreuses questions : comment vais-je finir mes vieux jours? Aurai-je une maladie incurable? Comment bien "préparer" ma mort? Dans cette enquête, nous allons nous intéresser à la démographie de notre pays ainsi qu’à une question qui continue à faire débat dans le paysage politique: l’euthanasie.

La population française vieillie. Selon les estimations de l’INSEE, la population française comptera 70 millions d’habitants en 2050 dont 25% aura plus de 60 ans. C’est le quart de la population. En vue d’une population vieillissante, le nombre de maisons de retraite est en hausse. Les personnes âgées ayant perdu toute autonomie se voient placées dans des centres médicalisés de leur plein-gré ou suite à la décision d’un tuteur. Cette décision représente un coût financier important (en moyenne 3.000€ par mois) mais chaque département français dispose d’une cellule d’aide au financement en fonction des ressources du demandeur.

En France, le nombre de décès en 2016 était de 53.000 personnes d’après l’INSEE, il aurait atteint 60 000 en 2017. Les pompes funèbres sont ainsi très sollicitées. Quand vient le moment des funérailles elles sont généralement organisées en fonction des dernières volontés du défunt et de ses croyances religieuses. A l'inverse, lorsque le défunt n’a pas précisé son vœux, la décision revient à ses proches.


L’euthanasie en France, doit-elle être autorisée?

Dans notre société comme dans de nombreuses sociétés industrialisées, l’espérance de vie a énormément augmenté principalement grâce à l’évolution des technologies médicales. Pour ce qui est des décisions médicales de fin de vie elles sont diverses par exemple: l'arrêt du traitement. Par ailleurs, il existe une pratique qui pose un problème fondamental de conscience: l'euthanasie. Une problématique qui oppose souvent deux personnes: celui qui désire sa mort et la personne en charge de décider.

Un peu d’histoire…

L’euthanasie vient du grec "eu-" qui signifie "bien" et "thanatos", mort. D’après l’étymologie du mot cela consiste à une bonne mort ou une mort dans de bonnes conditions. Jusqu’au XIXe elle connotait une mort heureuse cependant les recherches scientifiques pour réaliser ce type de pratique a été utilisé à des fins idéologiques comme l’élimination de civilisation sans que la notion de bonne mort soit retenue comme les avortements forcés ou encore des déportations de populations considérées comme "inférieures". Pendant la Seconde Guerre mondiale, certaines phases d’élimination avaient pour nom "euthanasie". Le terme a perdu son sens initial et est associé à un acte criminel de la première moitié du siècle et de façon très négative.

C’est qu’à partir des années 70 et en parallèle à la lutte contre "l’acharnement thérapeutique" où l’on commence à retrouver l’emploi initial du mot: euthanasie.

Quand les progrès médicaux ont permis une augmentation de l’espérance de vie, la société a commencé à débattre sur les limites à juxtaposer sur le maintien de la vie. Ce sujet sur la qualité de vie et du droit à la personne de déterminer quand est-ce que sa vie s’est trop dégradée pour y mettre fin. La définition actuelle du mot "euthanasie" est une pratique visant à provoquer la mort d’une personne atteinte d’une maladie incurable dont les souffrances qui lui sont infligées autant physique que moral sont intolérables.

Un autre élément important qui avait fait décoller le débat politique autour de l’euthanasie reste l’abandon du paternalisme médical qui se traduit par un comportement où seul le médecin pouvait décider de ce qui était bon pour son patient qui ne pouvait donc pas décider de son propre sort.

Il est important de distinguer deux formes d'euthanasie: l’euthanasie active qui consiste en l’acte volontaire d’abréger la vie d’un patient et l’euthanasie passive qui consiste à arrêter le traitement ou l’instrument maintenant le patient en vie.
En France, il n’existe pas de texte direct incriminant l’euthanasie elle est principalement encadrée par deux lois: la loi de 2002 sur les choix du malade et la loi de 2005 dites la loi Leonetti. L’idée principale était de privilégier les soins palliatifs et d’encadrer l’euthanasie passive afin d’éviter tout acharnement thérapeutique. L’euthanasie active est considérée comme un assassinat et est punie de réclusion criminelle à perpétuité.

Contrairement à la Suisse qui a autorisé le suicide assisté ou encore les Pays-Bas sous certaines conditions, le cas de la France reste un sujet délicat et le débat continue: doit-on autoriser l’euthanasie en France? Nous avons posé la question à des passants lors d’un micro-trottoir, voici leurs réponses:

"En France il y a un réel problème avec la mort et les conditions de fin de vie. Les débats sur l’euthanasie en France sont compliqués et certains choisissent d’aller à l’étranger pour se faire euthanasier au lieu de végéter jusqu’à ce que la mort arrive" Nadia Bhn, 29 ans, pharmacienne.

"L’euthanasie a été conçue dans le but de se débarrasser de ce qui peut être inutile, à l’image de ce système capitaliste qui veut détruire ce qui ne lui apporte rien. N’oublions pas également la surpopulation qui pousse à ce genre de raisonnement, on a déjà les guerres et les génocides, il nous reste plus qu’à nous débarrasser de nos vieux", Pascal Von Manstein, 32 ans, enseignant.

"On le fait aux animaux car ils ne peuvent pas parler et surtout parce qu’ils sont considérés comme inférieurs. N’oublions pas que l’euthanasie était utilisée contre les humains considérée comme de "race inférieure". Pour moi l’euthanasie reste un crime et un suicide déguisé" Petra Jovonic, 24 ans, comédienne.

"On devrait autoriser l’euthanasie uniquement lorsque la décision est prise par le patient en question. Pour ma part, je serai incapable de décider pour un proche même si le médecin me le recommande. Je trouve que c’est un acte atroce et inhumain" Margot Lachkar, 23 ans, étudiant en histoire de l’art.

"J’ai un ami qui s’est suicidé car l’euthanasie était illégale en France. On devrait les laisser partir dignement je pense" Maxime Lemerle, 27 ans, infirmier.

"Mon père a été gravement malade et je me souviens qu’un jour il m’a dit que s’il avait la force physique de se suicider il le ferait. Je pense qu’on devrait autoriser l’euthanasie mais que celle-ci soit encadrée avec un suivi psychologique" Paul Bertin, 37 ans, ingénieur.







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