La réduction du temps de travail, réel projet d'avenir?


Par Rédigé le 24/03/2017 (dernière modification le 23/03/2017)

À un mois de l’élection présidentielle française, plusieurs candidats préconisent une augmentation du temps de travail, du moins pour les fonctionnaires. À l’inverse, les Suédois ont retourné le problème en expérimentant pour certains une réduction du temps de travail. Fausse bonne idée ou projet d'avenir?


Illustration. Image du domaine public.

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Début septembre 2016, une enquête sur l’absentéisme au travail, réalisée par le groupe de conseil Ayming et TNS Sofres, nous apprenait que la France comptait 16,6 jours d’absence au travail en moyenne sur un an. Comment réduire ce taux d’absentéisme, qui classe notre pays parmi l’un des moins bons élèves de la zone Euro?

Une corrélation existe entre la réduction du temps de travail et la diminution de l’absentéisme? Travailler moins pour vivre mieux, tout en étant paradoxalement plus productif? Après avoir réalisé plusieurs expérimentations, notamment en Suède, plusieurs chercheurs indiquent que le passage à une durée de travail de 6 heures par jour (soit 30 heures par semaine) pourrait avoir de nombreux effets bénéfiques sur la vie des personnes l’ayant essayé.


Göteborg à la bonheur

Sur le papier, cette nouvelle façon de penser notre vie a de quoi faire rêver. Qu’en est-il dans la réalité? La ville de Göteborg a fait le choix de l’expérimenter sur plusieurs années. Cette ville de plus de 500.000 habitants est la deuxième plus grande métropole de Suède. Au printemps 2014 elle a cherché à analyser les conséquences d’une diminution du temps de travail.

Cette idée est en partie due à Mats Pilhem, ancien maire adjoint de la ville, partant alors d’un simple constat: la productivité d’une entreprise ou d’une organisation est plus faible lorsque les journées sont plus longues. Il décide ainsi de mettre en place une expérience: la moitié des employés municipaux vont tester pendant 2 ans la semaine à 30 heures, l’autre moitié continuerait de travailler comme avant. "À la fin de l’expérience, nous comparerons les deux systèmes, et on verra ce qui diffère. Nous espérons que le personnel réduira son nombre de congés maladie et qu’il se sentira mieux mentalement et physiquement grâce à des journées plus courtes" déclare alors Mats Pilhem.

Dans le domaine de la santé, une maison de retraite toute proche de Göteborg, tire elle aussi des points positifs de cette façon de travailler, comme nous le faisait remarquer le journal Libération du 3 novembre 2015. Anne-Hivert, alors correspondante du journal en Scandinavie avait recueilli à l’époque plusieurs témoignages d’infirmières de l’établissement: "Avant, je rentrais à la maison complètement crevée. Maintenant, j’ai le temps de faire du sport, d’aller chercher les enfants à l’école. Et au travail, j’ai plus d’énergie (…) On ne voit plus les gens courir dans les couloirs. Le calme règne. Les congés maladie ont diminué et les employées ont plus de temps pour discuter avec les pensionnaires".

Dans le secteur privé enfin, on expérimente également cette nouvelle forme de travail. C’est l’usine d’assemblage de Toyota à Göteborg, qui, dès 2002 a décidé d’appliquer ce nouveau rythme pour ses mécaniciens et ses divers employés. Résultats? Depuis 10 ans, les profits de la marque dans cette usine sont en hausse de 25%. "Le personnel se sent mieux, il y a moins de turn-over et le recrutement est plus facile" explique Martin Banck, directeur de l’usine.

Projet d’avenir?

La diminution du temps du travail peut-elle alors être réellement bénéfique pour une société contemporaine? En Suède, bien que les résultats soient dans l’ensemble positifs, la droite y est toujours opposée: récemment revenue au pouvoir de la ville de Göteborg, cette dernière a décidé de mettre entre parenthèses ce projet de réduction du temps de travail, car trop coûteux (850.000€ par an pour la mairie).

En France, c’est un parcours semé d’embuches qui attend ce type de projet, tant le système économique français est actuellement bien loin de cette idée novatrice. Toujours est-il que certaines lignes commencent à bouger, et des voix se font doucement entendre depuis peu. Marie-Noëlle Linemann, qui fut candidate pour participer à la primaire de la gauche, décrit cette idée comme une plus-value inévitable: "Ça fait maintenant depuis 2002 que nous n’avons pas réduit le temps de travail, et le constat est tout simple: c’est un mouvement irrémédiable de l’humanité. C’est faire que la France travaille globalement, tout en travaillant tous". La réduction du temps de travail a un coût, mais l’équilibre et l’épanouissement du citoyen ont-ils réellement un prix?







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