Le Podcast Edito: Liban, l’heure de vérité


Par Jean-Luc Vannier Rédigé le 27/11/2011 (dernière modification le 27/11/2011)

Sanctions adoptées ce dimanche contre la Syrie par la Ligue arabe, intenses manœuvres diplomatiques européennes pour contraindre Damas à stopper ses exactions, importante manifestation populaire et anti-gouvernementale à Tripoli, dans le nord du Liban, c’est dans cet environnement que le gouvernement de Beyrouth doit décider ces jours-ci d’honorer -ou non- sa contribution financière au Tribunal Spécial pour le Liban. Quelle que puisse être cette décision -et ses conséquences- les Libanais n’attendront peut-être pas les élections législatives de 2013 pour recouvrer -à nouveau- une véritable "indépendance" dont ils viennent de célébrer le soixante-huitième anniversaire.


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Une croisée des chemins? Non. Une impasse. Mercredi prochain, l’actuel gouvernement libanais, pro-syrien et sous contrôle du Hezbollah, devra trancher la question de sa contribution financière au Tribunal Spécial pour le Liban en charge de juger les assassins de Rafic Hariri: 49% du budget du TSL, soit 33 millions de dollars à régler avant la fin du mois de novembre, a rappelé son nouveau président, Sir David Baragwanath. Un conseil des ministres décisif: radicalement opposé au financement d’une instance qui incrimine plusieurs de ses cadres, le Parti de Dieu a toutefois reçu de Bachar Al-Assad, la consigne de ne pas faire tomber un gouvernement qui offre à la Syrie un utile soutien institutionnel. Les ministres partisans du général Michel Aoun, engagé pour des raisons électorales dans une alliance contre nature avec la milice chiite, ont boycotté la dernière réunion ministérielle dans une démarche jusqu’au-boutiste probablement téléguidée par le grand voisin. Soumis à d’intenses pressions internationales et financières -notamment sur l’une des plus grandes banques libanaises dont il reste un important actionnaire- le premier Ministre Najib Mikati a pour sa part mis sa démission dans la balance afin d’obtenir in extremis une majorité favorable au versement de la quote-part libanaise.

Peu importe finalement la décision à venir: en collant au sanguinaire régime alaouite dont le destin semble désormais scellé, cette coalition gouvernementale, même démissionnaire et chargée des affaires courantes, périclitera au rythme et dans la même indignité que son "frère" syrien. Un juste retournement de l’histoire pour ceux qui ont volé par les armes et la violence sur le terrain une victoire que les urnes leur avaient refusée aux élections législatives de mai 2009. On entend encore leur arrogance, sinon leur certitude que des "arrangements politiques entre Damas et Washington" viendraient à bout du TSL. La tergiversation libanaise "se dissociant du vote" de la Ligue arabe contre Damas n'y changera probablement rien.

L'an prochain à Beyrouth!

Serait-ce l’influence combinée du Mouvement des indignés et des révoltes arabes, toujours est-il que plusieurs incidents graves ont opposé ces derniers mois des civils libanais et la milice pro-iranienne. Des algarades impensables depuis les tragiques événements de mai 2008 où le Hezbollah avait bloqué l’aéroport international de Beyrouth et lancé des opérations militaires dans la capitale pour contrer des tentatives d’interdire un réseau privé de téléphonie mobile: tensions en août dernier à Hadath, ville majoritairement chrétienne dans la banlieue sud de Beyrouth, sur fond de spéculations immobilières du Parti de Dieu, protestations cet automne contre l’occupation contestée d’un bien-fonds de l’Église maronite à Lassa par les Chiites dans la région de Jbeil, blocage au mois d’octobre par les habitants et la municipalité de Tarchich, village stratégique situé sur les hauteurs du Metn, des travaux clandestins de télécommunications du Hezbollah, révolte des habitants, il y a quelques jours à Ersal, bourgade sunnite proche de la frontière avec la Syrie, qui ont empêché des "miliciens barbus" -soutenus selon des sources sécuritaires par les services de renseignements de l’armée libanaise- d’enlever un réfugié syrien.

Liée au renforcement des sanctions contre l’Iran -d’où la rencontre, à peine terminée la visite à Ankara d’Alain Juppé, entre son homologue turc Ahmet Davutoglu et le président de la commission de sécurité du Majlis iranien Alaeddine Bouroujardi- la soudaine intensification des manœuvres pour le moment diplomatiques autour de la Syrie témoigne du cul-de-sac où se trouve le pays du cèdre: sanctions d’une inhabituelle radicalité de la Ligue arabe, adoptées en présence exceptionnelle du représentant de la Turquie, et qui prévoient le "gel des transactions commerciales avec le gouvernement syrien et des comptes bancaires du gouvernement dans les pays arabes, la suspension des liaisons aériennes entre les pays arabes et la Syrie et une interdiction de voyager dans les pays arabes pour des responsables à déterminer", démarche franco-turque, voire européenne, pour la mise en place d’éventuels "corridors humanitaires" le long de la frontière turco-syrienne et dont Paris et Ankara savent pertinemment qu’ils devront les protéger militairement contre la volonté de Damas.

Malgré les déclarations du Parti de Dieu appelant les Libanais à "se tenir aux côtés de l’Iran et de la Syrie", l’issue de la situation fait peu de doute: "l’an prochain à… Beyrouth" clament déjà, impatients, les conquérants d’une véritable indépendance à recouvrer.





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