Rohingya: dernière ligne droite d'un génocide programmé?


Par Laetitia Fromenteau Rédigé le 20/01/2016 (dernière modification le 20/01/2016)

Pour l'ONU, les Rohingyas sont considérés comme "la minorité la plus persécutée au monde". Pour l’État birman, ils ne sont personne. Plus d'un million d'entre eux sont marginalisés, dépourvus de tous droits humains fondamentaux. Devenus apatrides dans leur propre pays, les Rohingyas sont victimes de multiples persécutions, restrictions et de violences religieuses.


Rohingyas déplacés. Photo (c) Foreign and Commonwealth Office

Les oubliés du Myanmar.mp3  (1.02 Mo)

La minorité ethnique musulmane, habituellement connue sous le nom de Rohingya, un mot tabou chez la plupart des Birmans, nombreux à les considérer comme des immigrés illégaux; ne font pas partie des 135 minorités ethniques que recense officiellement les autorités, depuis la loi de 1982 instaurée par la junte militaire. Pourtant présent sur le territoire depuis plusieurs siècles, ils vivent dans le nord-ouest du pays, dans l’État de Rakhine (majoritairement bouddhiste). Une région densément peuplée et la plus pauvre du pays.

Le Myanmar se trouve actuellement dans un contexte fragilisé dû à des tensions inter-communautaires qui ont éclatées en 2012. Cette vague de violences extrêmes a contraint à pousser des milliers de familles à se réfugier dans des camps insalubres. Vivant dans une grande pauvreté, elles ne doivent leur salut qu'à l'aide humanitaire qui parvient difficilement jusqu'à elles. Véritable épuration ethnique, le constat actuel est alarmant! Plus d'un million de Rohingyas apatrides, plus de 1000 Rohingyas tués, 1200 sont portés disparus. Expropriés, extorqués, privés de soins, interdiction de travailler, de se marier ou d'étudier. Destruction de leur patrimoine culturel. Et plus de 180.000 personnes ont été déplacées.

Selon l'ONG Human Right Watch (HRW), le régime birman ainsi que plusieurs moines bouddhistes sont accusés d'avoir perpétré "un crime contre l'humanité".

A l'heure où l'attention internationale se focalise sur le processus de transition démocratique du pays, des milliers de Rohingyas nourrissent l'espoir de trouver un avenir meilleur et tentent de fuir, au péril de leur vie, vers les pays frontaliers, en faisant appel à des passeurs sans scrupule. La plupart sont victimes du trafic d'êtres humains et vendus comme esclaves. Ceux qui survivent à cette traversée en mer n'obtiennent aucune aide à leur arrivée. Aucun statut de réfugiés ne leur est accordé. Ils sont renvoyés au Myanmar ou interner dans des camps dont les conditions de vie déplorables sont similaires.

Quand aux autorités birmanes, elles récusent toute responsabilité dans le drame des "boat people" fuyant le pays et abandonnés à leur sort par les pays voisins, qui les rejettent à leur tour en mer. L'Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande sont confrontés à cet afflux de migrants qu'ils ne souhaitent pas accueillir. Les Nations Unies qualifient la situation de "crise humanitaire massive".

Face à ce drame humanitaire et à la pression international grandissante, l'Indonésie et la Malaisie ont finalement accepté d'accueillir un certain nombre de demandeurs d'asile, à condition qu'ils s'installent dans un autre pays d'ici mai 2016.

La question des Rohingyas est d'ailleurs passée sous silence durant toute la campagne électorale de 2015, laissant de nombreuses interrogations sans réponses quand à une solution durable et à un avenir plus propice. A cette même période, un rapport publié par l'université de Yale s'appuyant sur une enquête juridique menée par des étudiants en droit a démontré explicitement à travers une liste de violences subies par la minorité musulmane: "viols, meurtres, restrictions imposées sur les naissances et instauration de conditions ayant pour conséquences de détruire le groupe", qu'il existait bien de "solides preuves" pour affirmer qu'un génocide est en cours contre les Rohingyas.

Sources chiffrées: UNHCR-ECHO







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