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Le cocktail ravageur: Chakib, la mafia politico-financière et le pétrole


Par Omar Chaalal Rédigé le 02/08/2020 (dernière modification le 02/08/2020)

La blague industrielle du siècle: Orascom s'improvise expert en pétrochimie. Tout était possible en Algérie! Nous ne sommes pas loin de l'adage algérien "L'apprenti coiffeur apprend le métier sur la tête des orphelins".


Introduction

"Même pendant la période du terrorisme, les trois trains de cette usine et les six trains de GNL 2 fonctionnaient à plein régime." (C) DR
"Même pendant la période du terrorisme, les trois trains de cette usine et les six trains de GNL 2 fonctionnaient à plein régime." (C) DR
Je commence mon propos par les paroles d'un ancien ingénieur de l'IAP, ex-haut responsable à la Sonatrach, en retraite depuis 2009: Il faut au moins trente ans pour remettre la Sontrach au niveau de production et de performance qui était le sien avant l'arrivée de Chakib Khalil!

Les expressions de cet ingénieur m'ont fait penser au cerveau humain. Le cerveau est une machine fabuleuse. Elle a la capacité d’anticiper l’avenir si elle est utilisée dans le bon sens. Elle évolue, s'autorégule et corrige les fautes des hommes lorsque ces derniers ont la volonté de reconnaître leurs erreurs et admettre leurs défaites. Parmi les politiciens décideurs, il y a ceux dont les cerveaux acceptent l'existence d'autres cerveaux, plus intelligents qu'eux, plus dynamiques ou avec des idées plus modernes et davantage de tant. Il y a aussi ceux dont les cerveaux sont obsolètes. Ces derniers s'éternisent au pouvoir et se prennent pour des dieux infaillibles. Ils refusent tout changement créateur de bien-être et de développement. Je poursuis avec un adage des hauts-plateaux. Il nous donne enseigne une excellente leçon de gouvernance: n'est pas chevalier qui chevauche dans le passé, le vrai cavalier est celui qui galope aujourd'hui. Le vrai cavalier a un cerveau vigoureux. Il reconnaît ses faiblesses et salue le  vainqueur.

La morale de cette leçon nous oblige à rechercher une nouvelle façon de voir les choses. Nous devons admettre que toute opposition aux idées novatrices tue le génie, étouffe le savoir et limite la liberté d’envisager l’avenir.

J'ai écouté avec attention le discours du président Tebboune. Il a parlé dans un langue simple et loin des tournures philosophiques qui déguisent la réalité et cachent les intentions. Un langage qui ne transforme pas Mascara en Californie algérienne. Un langage qui fait la distinction entre un mulet espagnol de Tarragone et un pur-sang arabe de Tiaret en Algérie.

Il faut reconnaître que le succès politique d'un homme d'Etat est une variable relative. Le succès aux Etats- Unis n'est pas le même que celui qu'on célèbre en Afrique centrale. Quelle que soit la volonté d'un homme d'Etat, il ne peut rien faire sans la volonté du peuple. Oublions les rancunes du passé. La paix dans nos esprits, la croyance dans nos actes, l'honnêteté dans nos discours, la sagesse dans la politique créent un lien solide entre gouvernants et gouvernés. Si vous êtes d'accord avec ces déclarations, je conseille de ne pas voir le monde comme un mécanisme linéaire ou stationnaire, mais comme un système en zigzag ou sinusoïdal en perpétuel changement.

Dans notre histoire technologique nous lisons : la première usine au monde de gaz naturel liquide est construite en Algérie. En 1964, la CAMEL, usine de gaz naturel liquide, commence à produire du GNL destiné à l'exportation du terminal d’Arzew. Cette usine a fasciné le monde de l'industrie du gaz et fut même chantée pas le célèbre roi du raï, Cheb Khaled. Il a chanté en1974, La Camel, La Camel. Même pendant la période du terrorisme, les trois trains de cette usine et les six trains de GNL 2 fonctionnaient à plein régime.

Dans notre histoire des hydrocarbures, en 1974 la conférence de GN4 s'est tenue à Alger après la nationalisation des hydrocarbures de 1971. Cette même année, l'Institut Algérien du Pétrole cycle long de Boumerdès est né. Dans notre histoire de l'éducation, nous notons: les premiers ingénieurs au monde en spécialité GNL qui sont sortis en 1976 de l'Institut Algérien du Pétrole de Boumerdès. Les célèbres professeurs dans le domaine du gaz, les professeurs Madox de l'université d’Oklahoma et Peck de IGT Illinois Chicago, y ont enseigné. Boumerdès était un centre d'excellence! Boumerdès était le centre de la dignité, la fierté et l'orgueil algériens. Inutile de vous dire que les meilleurs techniciens au monde dans le domaine des hydrocarbures en sont sortis.

La malchance et le changement rétrograde ont voulu qu'un virus corona vienne détruire la Sonatrach, le poumon de l'Algérie. Les Italiens le nomment monsieur trop et jamais assez.

Chakib arrive en Algérie pour aider son ami d'enfance Bouteflika. Celui-ci en fait son conseiller. Bien que l'éthique de la profession ne permette pas d'être juge et partie. En 2001, Chakib se retrouve ministre de l'énergie et P.D.G de Sonatrach. Du jamais vu dans l'histoire politique énergétique algérienne.

De 2001 à 2009, Chakib vide la Sonatrach de ses cadres les plus compétents. La plupart d’entre eux sont partis avec une retraite anticipée (entre 45 et 55 ans). Une partie de ces cadres s'est dirigée vers le Moyen- Orient. Certains ont rejoint des postes de consultants dans des compagnies pétrolières étrangères exerçant en Algérie. Le visus-200 a permis aux compagnies étrangères d'avoir le beurre et l'argent du beurre chez nous.

Ould Kaddour, une créature de Chakib, avait des relations très étroites avec le P.D.G de Lord Energy. Officiellement, cette dernière est supposée vendre du ciment ensaché mais les rapports des compagnies maritimes indiquent qu'au lieu d'envoyer du ciment à travers l'Europe, Lord Energy vend du pétrole d'Afrique du Nord (Algérie et Libye) avec la bienveillance et l'accord de Ould Kaddour. Un rapport de l'agence de presse Reuters datant du 3 février 2017 montre que Lord Energy propose du pétrole brut d'Algérie. 270 000 barils ont été expédiés via Hellenic Shipping vers le terminal offshore d'East Spar en Australie. D'autres envois de Lord Energy ont quitté la Libye. Le 23 avril 2019, à la suite d’un discours du général Ahmed Gaïd Salah, Abdelmoumen, Ould Kaddour est licencié. Le général Ahmed Gaïd Salah déclare que l'affaire de corruption impliquant Ould Kaddour serait prochainement instruite.

J'apprécie les décisions du président Tebboune de ne plus importer d'essence ni de gasoil. Il a évoqué le développement des dérivés du gaz naturel. L'Algérie était pionnière dans la fabrication de l'ammoniac. Ce produit est fabriqué à partir du gaz méthane et de l'azote de l'air. Il est à la base de la fabrication des engrais pour l'agriculture. Il est bon de signaler les engrenages de la corruption qui font tourner la fabrication de ce produit et dz dénoncer le jeu des mercenaires dans l'industrie pétrochimique.

Dans la production de ce produit, trois projets étaient programmés sous le gestion de Chakib Kalil. Le premier, Algeria Oman Fertiliser Complex. L'entreprise El Djazairia El Omanina Lil Asmida SPA a investi 2,4 milliards de dollars pour construire le complexe d'engrais à grande échelle dans la zone industrielle d'Arzew. Le complexe produit 4 000 t/j d'ammoniac, dont la quasi-totalité est convertie en urée. A cette époque, les mercenaires nous disaient que l'installation serait le plus grand complexe d'engrais au monde à être livré en une seule phase. Le site du projet est situé à Mers El Hadjadj (Port aux poules) dans la région de Mostaganem. Le site s'étend sur 90 hectares, une superficie surestimée. Normalement une superficie de 10 hectares est plus que suffisante. Aujourd'hui les belles plages de cette région sont polluées. Les mercenaires ont commis un véritable crime écologique.

Le second projet, Sorfert Algérie Fertiliser Complex, Arzew. Sorfert Algérie est une joint-venture entre
Orascom Construction and Industries (OCI) et le groupe Sonatrach. Blague industrielle du siècle: Orascom s'improvise expert en pétrochimie. Tout était possible en Algérie! Nous ne sommes pas loin de l'adage algérien "L'apprenti coiffeur apprend le métier sur la tête des orphelins". Le site de cette usine est à El Mohgoun, village situé à 10 Km du port d'Arzew. Je ne sais pas comment ce site a été choisi. L'ammoniac est un produit toxique très dangereux. Ce produit est transporté par pipe sur dix kilomètres pour enfin arriver au port. Drôle de gestion et drôle de planification. Les coûts d'investissement sont évalués à 1,9 milliard de dollars. Normalement, environ 1,1 million de tonnes d'engrais à base d'urée sont vendues sur le marché intérieur. Environ 750.000 tonnes annuelles de production excédentaire d'ammoniac sont exportées.

Le troisième projet est le plus sérieux. Hélas! il n'a jamais vu le jour malgré la somme colossale d'argent gaspillée. En 2008, la joie envahit le cœur des Algériens quand ils ont lu cette information "Sonatrach et Fertiberia créent El Bahia Fertilizer. Comme précédemment annoncé (CPH n°426), le groupe pétrolier public algérien Sonatrach et la société espagnole Fertiberia ont créé en Algérie une société commune pour la production et la commercialisation de l'ammoniac. La nouvelle société dénommée El Bahia Fertlizer, détenue à 49 % par Sonatrach et à 51 % par Fertiberia, construira un complexe de production d'ammoniac à Arzew d'une capacité de 1,1 Mt/an".

Normalement, l'usine devait s'étaler sur une superficie de 7 hectares dans la zone industrielle d'Arzew. Site convenable pour une telle usine. Les mercenaires nous disaient que cette usine serait la plus grande usine d'ammoniac au monde avec une capacité de production de 3.300 tonnes / jour, qui seraient exportés et vendus directement aux clients. La construction de la nouvelle usine, dont l'investissement s'élève à 1 000 millions de dollars, et qui intégrera les technologies les plus sophistiquées et innovantes, sera située dans la zone industrielle d'Arzew, près d'Oran.

Le projet d'El Bahia Fertilizer était très avancé. La non- exécution du projet El Bahia Fertilizer représente l'arbre qui cache la forêt où se distribuaient les pots-de-vin pour les mercenaires du pétrole chez Orascom et Lord Energy. Nous sommes en 2020, 50 ans après la nationalisation du pétrole. Le pétrole et le gaz traversent la Méditerranée sans interruption. Que direz-vous si j'affirme que les réserves de gaz naturel et d'eau potable en Algérie sont inconnues. Ces deux fluides indispensables pour la vie vont continuer à couler durant une période indéterminée.








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