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Le testament discographique de Yakov Kreizberg avec son philharmonique


Quand une œuvre de propagande reste malgré tout une œuvre de propagande.


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Le dernier témoignage du regretté Yakov Kreizberg se reçoit comme un uppercut en pleine poitrine. D’accord avec vous. La Onzième Symphonie de Chostakovitch "L’année 1905" n’est pas donnée. Écrite pour le quarantième anniversaire de la Révolution d’Octobre, créée en octobre 1957, la gigantesque partition, en fait un poème symphonique en quatre tableaux qui comportent chacun un sous-titre, se révèle d’une âpreté, d’une dureté inouïes, car transpirent, à chaque note, l’idéal, la foi perdus de tout un peuple qui crie famine.
Tout en évoquant le massacre en 1905 à Saint-Pétersbourg de manifestants pacifiques par les troupes tsaristes, évènement précurseur de la Révolution de 1917, le compositeur utilise un orchestre particulièrement riche et important pour rendre la puissance du peuple en marche et la violence de la répression. Parsemée de chants populaires et révolutionnaires, d’emprunts à des œuvres antérieures ou même de thèmes issus de pièces de Georges Sviridov – un de ses élèves – la Symphonie n°11 valut à Chostakovitch le Prix Lénine en 1958, confirmation de son retour en grâce auprès des autorités. Il était temps.
Empoignant l’œuvre à bras le corps, remettant les choses au point, Yakov Kreizberg en fait plus qu’une musique officielle de propagande, mais magnifie plutôt les moments où le compositeur se laisse aller à son modernisme naturel, donnant toute sa densité au climat d’anxiété, au désespoir morbide qui enveloppent toute la partition. Le style est ample, vigoureux, l’urgence inimitable. Avec ça et là des tensions brucknériennes assez réjouissantes. L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo atteignant lui, des sommets d’exubérance toute démoniaque.
Une heure de musique à l’émotion intense. Un disque à mettre à égalité dans votre discothèque avec les versions Kondrachine et Mravinsky. Si vous les trouvez…


02/02/2012




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