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Nathalie Manfrino chante Massenet


Une belle artiste au service d'un grand compositeur.


Sans doute la personnalité lyrique la plus attachante de sa génération. La plus simple. La plus naturelle. La plus vraie.
En voulant rendre hommage à Jules Massenet à travers des pages inconnues ou célèbres, Nathalie Manfrino vient de graver, chez Decca, le récital le plus intelligent, le plus original entendu depuis fort longtemps.
Récital de visionnaire et de pionnière aussi car invitation à la découverte, par exemple avec cette Extase de la Vierge (à la bondieuserie très étudiée) ou cet Ave Maria sur la Méditation de Thaïs qui risque fort de devenir le tube ce ces prochains mois sur toutes les radios classiques dignes de ce nom…
On connaît les qualités de ce timbre si personnel, de cette voix laiteuse et crémeuse à souhait, large, intense, au médium riche, aux aigus à l’insolente puissance, au velouté somptueux.
Dans les airs d’Herodiade ou Manon débordants de sensualité, sans mièvrerie, Nathalie ne se contente pas de renouveler un personnage, - qu’elle connaît par cœur - mais sait aussi construire chaque héroïne avec le maximum de nuances.
La voix a une fraîcheur, une jeunesse que la science du chant ne ternit pas encore. Et l’on sent par-dessus tout une réelle joie de vivre la musique, de partager, avec en prime un enthousiasme qui va au-delà des artifices du théâtre. La retenue de son tempérament fait par contraste merveille dans la saint-sulpicienne Marie-Magdeleine ou les ardentes confessions d’Esclarmonde.
Dans ce répertoire en partie rabâché (ses plus illustres consœurs sont passées par là et certaines restent de référence) qui a besoin donc d’être animé d’un souffle nouveau, sa musicalité et son sens dramatique font merveille. Précision des ornements, beauté de la ligne de chant sont encore des atouts à ajouter aux multiples séductions de la jeune et sympathique cantatrice.
Sans honte, avec un culot monstre, LA Manfrino s’approprie Le Cid, et sa Chimène, nerveuse, racée, pleure des larmes de verre, comme dans un rêve intérieur, suspendu.
Avec l’ultime Ariane, l’artiste achève de nous séduire. Ici on admire la fusion entre le dramatisme, le mot, le son et son sens. Qu’importe dès lors si parfois l’articulation se relâche…
Michel Plasson, à la tête d’un Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo qui semble boire de l’œil et de l’oreille la soliste, mélange adroitement art des dosages, sens de la couleur, sens du mouvement. Chaque page retrouve, sous sa direction pleine de verve et d’élégance, relief, poésie, sensibilité, sensualité. Un disque au bonheur contagieux.
CD Decca 476 4823


20/02/2012




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