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Danser pour changer son rapport au monde


Par Rédigé le 08/05/2019 (dernière modification le 07/05/2019)

Danser l'altérité, le rapport à l'autre, l'identité. Une vision artistique des relations humaines portée par Stylistik qui a présenté pour la première fois au public, mardi 30 avril à Saint-Marcellin, sa création 2019 "Nos mouvements incessants". Abdou N'Gom, chorégraphe et membre fondateur, est revenu sur l'histoire de la compagnie, son parcours atypique et ses questionnements incessants sur le monde qui l'entoure.


"Le rapport à l'autre est mon terreau"

De gauche à droite Mehdi Krüger, Abdou N'Gom et Émeline Nguyen (c) Frédérique Gelas
De gauche à droite Mehdi Krüger, Abdou N'Gom et Émeline Nguyen (c) Frédérique Gelas
"J'ai co-créé Stylistik en 2006 et nous étions alors trois (avec Benoît Jacquiau et Clarisse Veaux). Nous nous sommes rapidement retrouvés à deux avec Clarisse pour donner naissance au duo "vis-à-vis" sorti en 2008" introduit cet amoureux de la danse. Fasciné par les relations humaines et marqué par un certain mal-être durant sa jeunesse, Abdou N'Gom a décidé de danser ses doutes, ses peurs et espoirs. "Je me pose des questions quand je vois ce qui se passe dans le monde, je me demande pourquoi c'est si compliqué. Quand on regarde les animaux c'est différent. Un chat est un chat, qu'il soit noir ou blanc c'est pareil". Une incompréhension mal vécue durant l'enfance et des souffrances peu à peu évacuées grâce au mouvement.

Le solo "Entre deux" créé après le départ de Clarisse Veaux, reprenait également la notion de mal-être: "Quand on est petit, on n'est pas préparé à entendre "pourquoi t'es pas comme nous". C'est encore la période où on se construit" explique-t-il avant de poursuivre après un silence: "On peut se sentir mal dans sa peau du fait de sa couleur, le fait d'être noir et de vouloir devenir blanc, de son sexe homme ou femme, de sa taille, de sa corpulence, de son handicap".

Quand les mots se joignent aux mouvements

"Nos mouvements incessants" premier volet du triptyque (c) Céline Bernetière
"Nos mouvements incessants" premier volet du triptyque (c) Céline Bernetière
Autodidacte issu de la danse hip hop, ayant par ailleurs pratiqué gymnastique et karaté, le chorégraphe ne saurait définir cette danse qui venue de la rue, qui lui a été transmise par des amis. "Ce sont les ondulations qui m'ont le plus impressionné au départ. J'ai ensuite appris la technique, les contractions, le sol. Tout ceci m'a permis d'imprimer ma couleur gestuelle". C'est progressivement que l'envie d'écrire la danse est venue, un autre moyen d'exprimer ce que le petit garçon n'avait autrefois pu dire. "C'est avec Mehdi Krüger, artiste-poète-interprète, que la voix est entrée en jeu et je commence aussi à expérimenter la chorégraphie".

Les deux artistiques "électrons libres" se sont rencontrés en 2016, une évidence rapidement concrétisée par une collaboration artistique. "Je partage le même goût de l'engagement qu'Abdou, sans jamais que ce soit au détriment de l'artistique" confie le spécialiste des mots. Et de préciser: "L'idée est que cette création aille dans les deux sens. J'avais l'habitude de travailler avec des musiciens et je trouvais intéressant de travailler avec quelqu'un ayant un rapport autre à la scène". Tandis que l'un écrit sur la danse, l'autre danse sur les mots et au milieu, Émeline Nguyen, virevoltant à leurs côtés pour que le trio soit au complet.

Sortie de résidence et premier volet d'un triptyque

La représentation qui a eu lieu mardi à 9h30 au Diapason a marqué la sortie de résidence de Stylistik. La première aura quant à elle lieu le 24 mai à Saint-Fons en banlieue lyonnaise (20h30 au théâtre Jean Marais). "Il ne s'agit que du début. La vérité du plateau et la rencontre avec le public révéleront la pièce. Être face au public nous donne de l'énergie et transforme les choses pour que la pièce s'affine petit à petit".

À l'issue de la représentation un bord-plateau aura probablement lieu, un moment privilégié aussi bien pour le public que pour les artistes: "Rencontrer les gens nous tient à cœur, c'est aussi l'occasion d'échanger sur les émotions vécues. Ces retours nous permettrons de faire évoluer la pièce". Si le premier volet du triptyque sur le thème de l'espoir (Yaakaar en Wolof, langue sénégalaise natale du chorégraphe) est dédié à l'enfermement qu'il soit physique, psychologique, réel ou encore fantasmé, la compagnie a déjà fait part de son envie de revenir à Saint-Marcellin pour le volet 2 qui verra évoluer 15 amateurs sur scène.

podcast_danser_pour_changer_son_rapport_au_monde.mp3 Podcast danser pour changer son rapport au monde.MP3  (3.97 Mo)










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