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La famille Ephrussi, un voyage dans le temps


Par Rédigé le 15/09/2020 (dernière modification le 12/09/2020)

Avec cette exposition présentée au musée juif de Vienne jusqu’au 4 octobre prochain, le visiteur est plongé dans l’histoire de cette prestigieuse famille. Une dynastie de banquiers originaires d’Odessa qui avaient bâti leur fortune sur le commerce du blé et essaimé dans les grandes capitales européennes dont Vienne et Paris.


L'ancien palais Ephrussi à Vienne (c) DR
L'ancien palais Ephrussi à Vienne (c) DR
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Leur palais de style néo-Renaissance au numéro 14 Dr. Karl Lueger-Ring, devenu en 2012 Universitätsring, est construit dans les années 1870 ; sur le Ring viennois récemment aménagé à l’emplacement des remparts, sur décret de l’empereur François-Joseph Ier en 1857. Theophil Hansen, un des grands architectes de l’époque, à qui l’on doit notamment le bâtiment du Parlement, le Musikverein ou la Bourse, en avait réalisé les plans. Le somptueux palais fut confisqué par les nazis en 1938, les services d’Alfred Rosenberg s’y installèrent et la famille dut s’exiler. Dont Viktor von Ephrussi, anobli en 1872, le dernier occupant de la demeure, qui partit d’abord pour sa résidence de campagne de Kövesces, à deux heures de train de Vienne, actuellement Štrkovec, au sud de la Slovaquie. Puis chez sa fille Elisabeth en Angleterre, il y mourra en 1945.

La banque fut rayée du registre du commerce et tous les biens saisis. Le palais Ephrussi, restitué à la famille en 1949, est alors difficilement vendu pour 30.000$, à une époque où le pays est ruiné par la guerre. Il a été le siège du groupe Casino Austria de 1969 à 2009. Pendant un certain temps l’OPEP occupa une aile reconstruite.

Le 5 novembre dernier, une quarantaine de descendants arrivés de plusieurs pays et qui n’étaient jamais venus en Autriche, se sont retrouvés à l’occasion du vernissage de cette exposition au Palais Eskeles qui abrite le musée juif. Celle-ci se compose notamment d’archives que les descendants de la dynastie ont données à la ville de Vienne : familiales, lettres, livres de compte, bilans financiers, carnet d’opéra et de théâtre, albums de photos. D’autres publiques, registres du rabbinat de Vienne, dossiers de la Deutsche Bank relatifs à la cession des biens Ephrussi après la Première Guerre mondiale. Périodiques, principalement dans le domaine de l’art et de la mode, rubrique "Mondanités" du Gaulois, revues spécialisées comme La Gazette des Beaux-Arts, Allgemeine Bauzeitung ou Women’s Wear Daily, catalogues de collections, le pamphlet La France juive de Drumont, le Journal des Goncourt entre autres.

Le clou de l’exposition est une collection de 264 netsuke, ces petites pièces d’ivoire ou bois sculptées qui se mettent à la ceinture du vêtement japonais traditionnel. Elle avait pu être sauvée par Anna, femme de chambre du palais Ephrussi qui l’avait cachée dans un matelas, par affection pour les enfants qui avaient joué avec ces figurines. Elles sont revenues à Vienne, c’est à peu près le seul bien qui reste de la splendeur des Ephrussi.

Le japonisme était alors fort à la mode et la collection avait été acquise par Charles Ephrussi qui l’avait offerte à son cousin Victor von Ephrussi comme cadeau de mariage en mars 1899. Cette célèbre figure parisienne était ami de Renoir, mécène de nombreux impressionnistes et propriétaire de la Gazette des beaux-arts. Selon certains, il inspira à Proust le personnage de Swann. Dans le Déjeuner des canotiers de Renoir, c’est l’homme au haut-de-forme qui se trouve au fond du tableau. Ces netsuke ont été légués à Edmund de Waal, petit-fils d’Elisabeth par le frère de cette dernière, le grand-oncle Ignace, un fils de Victor, il les avait emportés au Japon après la Deuxième Guerre.
 

Le lièvre aux yeux d’ambre

C’est donc à cet Edmund de Waal, l’un des arrière-petits-fils de Viktor von Ephrussi que l’on doit de mieux connaître cette famille. Le célèbre céramiste britannique, né le 10 septembre 1964 à Nottingham a passé de nombreuses années à rechercher qui étaient ses ancêtres, en France, Autriche, Tchécoslovaquie, aux Etats-Unis et même au Japon. Il en a tiré un récit de 416 pages paru en 2010 qui a connu un immense succès mondial, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires et a été traduit dans une trentaine de langues. "The Hare with Amber Eyes. A Hidden Inheritance ou Le lièvre aux yeux d’ambre. La mémoire retrouvée", ouvrage couronné par de nombreux prix, dont le Prix de l’Ondaatje de la Royal Society of Literature et le Costa Book Awards, ne relate pas seulement l’ascension puis le déclin de la famille Ephrussi, il décrit aussi l’atmosphère, du milieu politique et culturel, de la fin du XIXe siècle. Ce lièvre aux yeux d’ambre est une des figurines de la collection qu’on peut admirer dans les vitrines du musée juif.

Le destin des quatre enfants de Victor a été bien différent. La grand-mère d'Edmund de Waal, Elisabeth, la fille aînée, avait étudié le droit et l’économie à l’Université de Vienne et épousé en 1939 à Amsterdam l’homme d’affaires hollandais Hendrik de Waal puis s’est installée en Angleterre. Elle avait correspondu avec Rilke et écrit des romans dont un "Le retour des exilés" fut publié après sa mort. Ignace, le fils aîné est parti pour Paris où il est devenu dessinateur de mode et a émigré aux Erats-Unis ainsi que le cadet Rudolf. Leur soeur Gisela, artiste peintre, épousa en 1925 le banquer Alfredo Bauer y Landauer représentant des Rothchild en Espagne, lors de la guerre en 1936 ils partirent pour le Mexique.

Edmund de Waal dont on imagine l'émotion en visitant cette exposition, a révélé que c’était pour lui "un moment stupéfiant". Il a ajouté "Cette exposition fait tenir ensemble ce que je croyais être les traces à jamais disparues d'une famille juive de Vienne".
Lors du vernissage, le doyen de la famille, Victor de Waal âgé de 90 ans, le père d'Edmund, citoyen britannique, a confié son souhait de demander la nationalité autrichienne comme l’y autorise une loi récente qui facilite la procédure pour les descendants des victimes de persécutions nazies.








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