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Les six femmes d’Henry VIII


Un feuilleton britannique qui rend justice, si l’on peut dire, à Henry VIII.


Les très riches heures de la BBC dans toutes leurs splendeurs

6_femmes_de_henri_viii.mp3 6 femmes de Henri VIII.mp3  (79.59 Ko)

Ce n’est pas sans émotion et nostalgie que l’on redécouvre, avec ces trois disques, une série culte britannique qui fit les beaux jours (ou les belles soirées) de feu l’ORTF dans les années 70.
Comme toujours avec la BBC on frise le document historique presque in vivo, tant reconstitution, costumes, décors (réduits au minimum mais très évocateurs dans leur fidélité) et par-dessus tout la conviction dans le jeu des acteurs emportent l’adhésion la plus complète.
Voilà une caméra qui explore le temps, théâtrale en diable, tels "Les Rois Maudits" de Claude Barma, comme on n’en fera jamais plus…
Tout reposant sur le jeu, la diction, le talent des interprètes. En prime, une british touch irrésistible!
Qu’il nous soit permis, puisque l’occasion nous est donnée, de vilipender un tantinet ici la luxueuse coproduction canado-irlandaise "The Tudors", très gay-friendly dans son approche, qui, voici dix ans, transforma en rock star sexy, mince, torride comme un Scotch Fish, l’improbable Henri VIII de l’excellent Jonathan Rhys-Meyers qui ressemblait à l’original comme mon voisin de bureau à un modèle de chez TitanMen.
Feuilleton fleuve, psychédélique qui voyait surtout le sacre de la sublime Natalie Dormer en Anne Boleyn. Cherchez l’erreur.
Ajoutez à cela quelques insoutenables libertés prises avec l’histoire, la chronologie, quelques loufoques approximations avec les personnages ou les lieux de l’action, et l’on retournera sans honte à cette version d’origine, plus austère, moins aérée dans sa mise en image certes, mais… bardée de récompenses dans divers festivals, qui couronnait, sans jeux de mots, pour l’éternité, le travail, sur le fond et la forme, du merveilleux Keith Mitchell.
Rarement identification entre personnage et acteur n’aura été portée à son pinacle.
L’Australien recevra pour sa prestation trois prestigieuses récompenses, dont l’Emmy Awards en 1972. Saisissante composition, plus vraie que nature, de la jeunesse au naufrage des dernières années, d’un roi populaire, violent, redouté, cultivé, impitoyable, par-dessus-tout intransigeant selon ses intérêts, égoïste, comme seul le pouvoir le permet et l’autorise.
Pour la petite histoire, entre cinéma et télévision, l’Australien incarnera quatre fois le sanguinaire et imposant monarque entre 1970 et 1996! Un record, une consécration!
Derrière les caméras, avec une approche qui cerne au mieux, au plus près les six drames conjugaux, John Glenister et Naomi Capon ont de plus cherché un brin de ressemblance physique avec les malheureuses reines et les autres protagonistes (Cromwell, More etc…). Loin donc des stars hollywoodiennes imposées dans la récente série citée plus haut, saupoudrée de Canada Dry.
L’Anne Boleyn de Dorothy Tutin, pleine de rouerie et médisance à peine contenues, emporte la palme avec Angela Pleasence, Catherine Howard toutes hormones dehors, écervelée nymphomane, fantasque à la fois. Il lui sera beaucoup pardonné, la jeunesse excusant tout.
Plus discrètes, car répudiées, morte avant l’heure ou rescapée d’un Cluedo diabolique, seront Annette Crosbie, à qui il manque un rien d’espagnolade et d’accent pour être une vraie Catherine d’Aragon - dans la série "The Tudors", Maria Doyle Kennedy reste sur son trône et ses désillusions -, Elvi Hale (Anne de Clèves fort drôle et sans doute la plus intelligente de toutes car consciente du jeu, des enjeux politiques, de son avenir), ou Anne Stalybrass (Jane Seymour qui semble faire de la figuration intelligente en favorite diplomate à la courte carrière).
Tant il est vrai que l’altière Rosalie Crutchley (Catherine Parr) semblant avoir sur ses épaules carrées comme celles d’un débardeur de la Tamise la conscience de l’Angleterre à venir, portera le deuil final d’un impitoyable et pitoyable à la fois roi malade, obèse, hissé comme un pantin par un treuil sur son canasson harnaché comme à la bataille d’Azincourt.

Les Éditions Montparnasse proposent, à prix plus que doux, ce petit chef-d’œuvre de culture et d’intelligence télévisuelle en trois disques, en version originale ou sous-titrée.
Si la vulgarité de l’actuelle télé-réalité vous rebute, vous savez ce qu’il vous reste à faire.


17/02/2015




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