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Marché mondial du café: le grain de la guerre


Seconde matière première la plus commercialisée dans le monde, le café est aujourd’hui plus que jamais le grain d’une guerre économique. Sous sa forme instantané ou soluble, le marché mondial du café est un enjeu économique et social important pour les pays producteurs ainsi que pour toutes les entreprises de la filière. La production devrait cependant connaître, durant la saison 2017-2018, son quatrième recul consécutif d’après les prévisions du groupe londonien Marex Spectron. Retour sur un marché périlleux.


Seconde matière première la plus commercialisée dans le monde, le café est aujourd’hui plus que jamais le grain d’une guerre économique. Image du domaine public.
Seconde matière première la plus commercialisée dans le monde, le café est aujourd’hui plus que jamais le grain d’une guerre économique. Image du domaine public.
marche_du_cafe.mp3 Marché du café.mp3  (315.92 Ko)

Si la pause-café est un moment de partage en toute sérénité, le marché du café est quant à lui un terrain de guerre. Il s’agit du produit de grande consommation dont les Français auraient le plus de mal à se passer, et pourtant la production de café s’élevant à 7,4 millions de tonnes, vient de loin. Originaire du Yémen et de l’Éthiopie, le café est aujourd'hui cultivé dans plus de 50 pays de la ceinture tropicale. En effet, le grain de la guerre est produit à 65% en Amérique Latine et en zone Caraïbe, à 25% en Asie et en Océanie et 10% en Afrique. Plus gros producteur de café, le Brésil avec 1,6 million de tonnes est suivi par la Colombie et l’Indonésie, créant ainsi des emplois et une source de revenus importante pour le pays. La production de café nécessite une importante main d’œuvre peu qualifiée, ce qui a pour effet de créer de l’emploi dans ces pays où les emplois restent d’or. Actuellement, près de 125 millions de personnes travaillent dans la filière pour le plus grand bonheur des consommateurs.

Et pourtant, les pays producteurs consomment le café à seulement 26% du taux total de production. La cause? Le coût élevé du produit final fabriqué par les pays importateurs. Les réels consommateurs avides de caféine sont les États-Unis, l’Europe et le Japon. Les Américains sont les plus gros consommateurs, mais l’Europe a la consommation par habitant la plus élevée: jusqu’à 10 kg par habitant et par an dans les pays scandinaves.


Une réglementation au détriment des pays du Sud

Les États producteurs et importateurs sont regroupés dans l’Organisation Internationale du Café (OIC), organisation mondiale qui traite de toutes les questions concernant le café. Le but de l’OIC est de fournir un cadre pour que les États producteurs, consommateurs et le secteur privé discutent tant les problèmes du café, que les politiques de développement et les priorités concernant les objectifs de l’accord international du café de 2001. Pourtant, il existe un écart non négligeable entre les bénéfices nets obtenus par les pays du Sud et les pays du Nord.

Nestlé, Kraft Jacobs Suchard, Sara Lee, Procter & Gamble, Lavazza, les géants de l’agroalimentaire dominent le marché du café et l’achètent non torréfié. En important une matière brute, les pays exportant peuvent se prévaloir du mérite de la fabrication du café. Une pratique permettant aux pays producteurs d’obtenir le maigre pourcentage variant de 3 à 7% du prix des ventes. Les pays du Nord dominent le marché malgré la pratique du commerce équitable, à seulement 0,1% du commerce mondial, donnant la possibilité aux petits producteurs de bénéficier d’un prix d’achat indépendant de celui du marché.

La chute du Brésil

Si le café est commercialisé en forte quantité et paraît inépuisable, la production reste soumise aux aléas climatiques et naturelles, à l’état des récoltes, à l’évolution des goûts des consommateurs, mais surtout à l’instabilité politique et sociale des pays. Pour Marex Spectron, un groupe londonien, la production mondiale de café devrait connaître, durant la saison 2017-2018, son quatrième recul consécutif. Une baisse de 900.000 sacs de café principalement dû au repli de la production du Brésil suite à la sécheresse qui a frappé les grandes zones productrices depuis trois ans. Le pays n’est plus le champion incontesté du café instantané par manque de robusta, utilisé pour les poudres solubles du café instantané et laisse place à ses concurrents.

Une crise pour le Brésil, une opportunité pour l’Ouganda, le Kenya et l’Éthiopie qui, par cette perspective défavorable pourraient accroître leur production afin de tirer profit des prix. En effet, ces derniers pourraient augmenter en raison de la baisse de l’offre. Cette hypothèse demeure néanmoins incertaine, notamment compte tenu du phénomène météorologique de sécheresse, La Niña, qui frappe actuellement le Kenya.

Chine: la course à la gloire

Le véritable pays gagnant de la crise du café est la Chine qui mise désormais sur le café. Selon Zheng Zhi, président du conseil de surveillance de la nouvelle bourse de café: "La consommation du café se développe très rapidement en Chine, à un rythme annuel qui varie entre 15 et 20%. La bourse de café de Chongqing n'a ouvert qu'en juin 2016 et le volume d'échanges atteint déjà 480 millions d'euros cette année, et en 2018 il devrait s'élever à 670 millions d'euros".

Pour atteindre son objectif, la mégalopole de 30 millions d’habitants dans le sud-ouest du pays à l’intention d’importer un million de tonnes de l’or noir du Vietnam et d’Indonésie. Aussi, 144 millions d’euros ont été investis dans une usine qui transforme la matière première importée en café en poudre qui sera exportée en Europe en 14 jours grâce à la ligne ferroviaire Chongqing-Duisbourg. Affaire à suivre.



03/04/2017




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