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Paulette Nardal: Une femme exceptionnelle

La chronique culturelle de Colette


Par Rédigé le 15/03/2019 (dernière modification le 15/03/2019)

Quand on évoque la négritude, courant littéraire et politique des années 30 réunissant des écrivains noirs francophones qui revendiquent leur identité et leur culture, viennent immédiatement à l’esprit les noms d’Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor ou Léon-Gontran Damas entre autres. Et l’on ne pense jamais à Paulette Nardal qui joua un grand rôle dans la naissance du mouvement.


Black is Beautiful ! (c) CV
Black is Beautiful ! (c) CV
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Avec les 208 pages de "Fiertés de Femme Noire, Entretiens/Mémoire Paulette Nardal", préfacé par Christiane Éda-Pierre, paru aux éditions de L’Harmattan en 2018, Philippe Grollemund rétablit la vérité. Paule dite Paulette Nardal naît à Saint-Pierre, Martinique, le 12 octobre 1896, dans une fratrie de sept filles. Leur père fut le premier ingénieur noir des Travaux publics et leur mère était institutrice. Quant à ses six sœurs, Jeanne, Lucie, Cécile, Andrée, Émilie et Alice, elles feront de très bonnes études et pratiqueront la musique. En 1920, Paulette Nardal abandonne son travail d’institutrice et part pour la métropole pour suivre des études d’anglais à la Sorbonne, elle sera la première étudiante noire. Elle consacra un mémoire à Harriet Beecher Stowe l’auteur "La Case de l’oncle Tom".

Avec une de ses sœurs, elle tient à Clamart près de Paris, au 7 rue Hébert, un salon où l’on parle de culture et de littérature noires. S’y rencontrent des personnalités de la Harlem Renaissance, mouvement d’émancipation américain, dont les Jamaïcains Marcus Garvey et Claude McKay, on y côtoie aussi Aimé et Suzanne Césaire, Senghor, Félix Eboué, Jean Price Mars, Nicolas Guillén ou René Maran qui avait reçu le prix Goncourt en 1921 pour "Batouala". Ainsi que beaucoup d’étudiants, militants des droits civiques. Elles fondent même en 1931 "La Revue du Monde Noir". Avec pour but "donner à l’élite intellectuelle de la Race Noire et aux amis des Noirs un organe où publier leurs œuvres artistiques, littéraires et scientifiques". Mais cette revue franco-anglaise ne dépassera pas les six premiers numéros faute de moyens. Paulette Nardal confiera plus tard "Césaire et Senghor ont repris les idées que nous avons brandies et les ont exprimées avec beaucoup plus d’étincelles, nous n’étions que des femmes! Nous avons balisé les pistes pour les hommes"… Elle y est revenue encore "J’ai souvent pensé et dit, à propos des débuts de la négritude, que nous n’étions que de malheureuses femmes, ma sœur et moi, et que c’est pour cela qu’on n’a jamais parlé de nous. C’était minimisé du fait que c’étaient des femmes qui en parlaient".


Retour au pays natal

Elle repart à la Martinique et fin 1939 revient en Europe. Le bateau sur lequel elle se trouvait fut coulé par un sous-marin allemand, grièvement blessée elle resta handicapée pour la vie. Mais cela ne l’empêcha pas de poursuivre sa lutte, elle milite activement pour l’amélioration du sort des femmes et pour la reconnaissance de l’identité musicale. C’est d’ailleurs au sein de la chorale "La Joie de Chanter" qu’elle avait créée vingt ans auparavant avec une quinzaine de jeunes gens de la jeunesse étudiante chrétienne, que Philippe Grollemund son biographe, alors jeune fonctionnaire, fait sa rencontre au milieu des années 70. Il faut dire que la musique a toujours joué un grand rôle dans la famille. La soprano Christiane Eda-Pierre, fille de sa sœur Alice fera une grande carrière internationale et enseignera au Conservatoire national supérieur de Paris. Les spectateurs du festival d’Aix en Provence se souviennent encore de son "Alcina" dans l’opéra éponyme de Haendel, mise en scène de Jorge lavelli en 1978… Paulette Nardal travaille quelque temps aux Nations unies, à New York auprès de Ralph Bunche, défenseur des droits civiques et Prix Nobel de la Paix 1950.

Mais son état de santé l’oblige à revenir définitivement à la Martinique où elle poursuit inlassablement ses combats, crée le Rassemblement féminin avec pour objectif la formation civique, sociale et politique des femmes martiniquaises. et fonde la revue "La Femme dans la Cité". "Très sensible à la condition féminine, toujours, avant et surtout après mon séjour parisien. Si j’avais dit ce que je pensais réellement, j’aurais dressé tous les hommes de la Martinique contre moi". Jusqu’à sa mort elle continua son engagement. Elle a été faite Officier des Palmes académiques, Chevalier de la Légion d’honneur et Commandeur de l’Ordre National de la République du Sénégal. Celle que l’on appelait affectueusement "mère de la Négritude" s’est éteinte le 16 février 1985 à Fort de France.

Les Clamartois l’ont (re)découverte lors de l’exposition "Clamart en personne" en septembre 2016, dans le cadre des manifestations organisées pour le 120e anniversaire de sa naissance. Le 16 février dernier, Me Catherine Marceline, avocate à Fort-de-France donnait au Centre La Fourche de la ville une conférence "Paulette Nardal, une intellectuelle avant-gardiste et engagée". et Il est d’ailleurs fortement question de donner son nom à une artère de la ville.

Les six numéros , 1931-1932 de "La Revue du monde noir" 410 pages ont été réédités en 2012.









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