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Un peu de Mexique à Budapest

La chronique culturelle de Colette


C’est la première fois qu’une exposition Frida Kahlo est accueillie en Hongrie et l’on peut voir les "Chefs-d’œuvre du musée Dolores Olmedo de la ville de Mexico" à la Galerie nationale hongroise du Château sur les hauteurs de Buda. Le jour de l’inauguration, Carlos Phillips Olmedo, directeur de l’institution mexicaine déclarait que l’artiste est devenue une icône de la libération des femmes et représentait à elle seule toute la force des femmes mexicaines.


frida_kahlo.mp3 Frida Kahlo.mp3  (560 Ko)

L’exposition, admirablement présentée, est organisée par la Galerie nationale hongroise et le Musée Dolores Olmedo de Mexico fondé en 1994 par la collectionneuse Dolores Olmedo Patiño qui a consacré sa vie à faire connaître l’œuvre de sa compatriote. Elle a ouvert ses portes le 6 juillet 2018, jour du 111e anniversaire de la naissance de Frida Kahlo. Laquelle a affectivement vu le jour le 6 juillet 1907 à Coyoacán, quartier plutôt aisé du sud de Mexico, sous le nom de Magdalena Carmen Frida Kahlo y Calderón. Fille de l’émigrant allemand Karl Wilhem Kahlo, joaillier puis photographe, et de Matilde Calderón González, fille d'un général espagnol et issue d'une famille d'ascendance indienne.

Selon Adriana Lantos, historienne à la Galerie nationale hongroise et au Musée des Beaux-arts de Budapest, commissaire de l’exposition, celle-ci est surtout didactique et veut montrer qui était Frida Kahlo et comment s’est développé son art. Composée de 35 œuvres, 26 peintures et neuf dessins, elle se divise en cinq parties. Tout d’abord les premiers essais artistiques avec pour modèles des amis ou sa famille. Puis, la douleur qui devient source d’inspiration. Une troisième rappelle que depuis la Révolution de 1910, intellectuels et artistes exaltent la culture indigène. Dans la salle, on peut voir une petite pyramide semblable à celle qui se trouve dans le jardin du musée de la ville de Mexico, elle est surmontée du tableau "Ma nourrice et moi" daté de 1937 et flanquée de deux statuettes précolombiennes. Ensuite quelques œuvres montrent la luxuriante nature mexicaine. Et si l’on en croit Carlos Fuentes dans son introduction au Journal de Frida, "son œuvre est intérieure, certes, mais toujours mystérieusement proche du monde matériel qui l’entoure, celui des animaux, des fruits, des plantes de la terre et des cieux". La dernière révèle la relation compliquée de Frida Kahlo et Diego Rivera, le grand peintre muraliste, de 23 ans son aîné, aussi énorme qu’elle était fluette. Depuis leur rencontre en 1927, "union de la colombe et de l’éléphant" avait-on coutume de dire, ce ne fut qu’une succession d’infidélités réciproques alternant avec des manifestations de jalousie. Ils se marient fin août 1929, divorcent par consentement mutuel en octobre 1939 et se remarient quelques mois plus tard à San Francisco...

La grande affaire de la vie de Frida aura été ce dramatique accident dont elle fut victime à 19 ans à Mexico alors qu’elle était encore élève de la Escuela nacional preparatoria et se destinait à des études de médecine. Le 17 septembre 1925, dans la collision d’un tramway avec l’autobus où elle se trouvait, sa vie et son art ont été transformés. Son corps transpercé par une barre ne lui causa plus alors que des désagréments et des douleurs, elle qui avait déjà été atteinte par la poliomyélite à l’âge de 7 ans et subira l’amputation de la jambe droite peu avant sa mort due à une embolie pulmonaire, le 13 juillet 1954.

L’Instituto nacional de Bellas Artes lui préparait une grande rétrospective en forme d’hommage national. "Ma peinture porte en elle le message de la douleur" écrira-t-elle. Adriana Lantos précise qu’elle peignit alors de nombreux petits tableaux qu’elle pouvait réaliser dans son lit durant sa longue convalescence.

A la fin de l’exposition, une installation met en scène des extraits du journal de Frida Kahlo au cours des dix dernières années de sa vie.
"Fridamania" permet de voir à travers de nombreux documents, affiches, couvertures de disques notamment, qu’elle n’a jamais cessé d’inspirer les créateurs de toutes sortes.


Frida Kahlo et même au-delà

On ne saurait passer sous silence l’accusation portée contre la Galerie nationale hongroise, l’exposition financée par le gouvernement hongrois ferait l’apologie du communisme. Un article de Magyar Idök "Voilà comment on promeut le communisme avec de l’argent public" se base sur le fait qu’un film d’archives projeté lors de l’exposition montre Frida Kahlo et Trotski. Et Magyar Idök d’asséner: "Vous n’allez pas le croire, mais Trotski vient de réapparaître à Budapest, cette fois dans le lit de Frida Kahlo"… Allusion délicate à leur liaison… Traqué par Staline, Trotski avait obtenu la protection du Mexique grâce à Diego Rivera et entre janvier 1937 et avril 1939, il avait vécu avec sa femme à la Caza Azul du couple Frida-Diego à Coyoacán. Cette maison bleue où il trouvera la mort le 20 août 1940, sous les coups de piolet portés par Ramón Mercader, agent de Staline. Il se dit qu’Adriana Lantos a été déçue de cette attaque, elle qui pensait qu’on l’interrogerait plutôt sur les liens entre Frida Kahlo et le photographe Nickolas Muray, d’origine hongroise, d’après elle le troisième homme de sa vie après son père et Diego. Ou bien encore sur les motifs qui avaient poussé l’artiste à s’inventer des racines hongroises, racines fort controversées d’ailleurs.

Pour László Baán, directeur de la Galerie nationale hongroise et du musée des Beaux-arts de Budapest, cette exposition qui présente une "sélection fantastique" du musée Olmedo de Mexico est à ses yeux l’événement le plus populaire de l’année et il attend au moins 200.000 visiteurs.

Frida est vraiment une icône si on se réfère à la quantité d’expositions qui lui sont consacrées chaque année dans le monde. Citons entre autres pour cette année, une à Milan qui s’est achevée ces dernières semaines, une autre actuellement au Victoria & Albert Museum de Londres qui propose aux visiteurs des vêtements, des archives et des objets précieux ayant appartenu à l’artiste. Pour Cristina Kahlo, petite-nièce de l’artiste qui était présente lors de l’inauguration de l’exposition de Budapest: "Les gens aiment Frida parce qu'ils ressentent ce qu'elle ressentait d'une certaine manière. J'ai toujours estimé qu'en peignant sa vie, c'était comme si elle vous faisait une confidence, s'ouvrait à vous. Cela vous connecte davantage à sa personne, elle devient comme une amie"

Cette exposition se terminera le 4 novembre 2018. Augmentée d’œuvres de Diego Rivera, elle se tiendra ensuite à Moscou de décembre 2018 à avril 2019.



11/10/2018




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