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Un possible voyage, de Marie-France Clerc


Par Christophe Penaguin Rédigé le 30/08/2020 (dernière modification le 23/08/2020)

Marie-France Clerc nous a présenté son troisième livre, "Un Possible Voyage", qui prolonge sa réflexion sur le destin de l'Ukraine.


L'auteur de "Un possible voyage", Marie-France Clerc (c) DR
L'auteur de "Un possible voyage", Marie-France Clerc (c) DR
Marie-France Clerc, qui êtes-vous ?

Je suis petite-fille d’émigrés ukrainiens arrivés en France en 1923. Zinovij Jamkovij mon grand-père était un officier de Petlioura. Professeur agrégée de Lettres retraitée, je suis grand-mère de quatre petits-enfants. "Un possible Voyage" est mon troisième roman après "Cinq Zinnias pour mon inconnu" (2016) qui raconte l’exil en France d’une famille ukrainienne ayant fui la Révolution bolchevique, et "Silences en forêt" (2019) qui propulse le lecteur dans les Landes de Gascogne à la découverte d’un très vieux secret de famille.

Quel est le sujet d’ "Impossible Voyage" ?

Vous écrivez ce titre en deux mots ? Et vous n’avez pas tout à fait tort !
"Ne va jamais en Ukraine! Ils sont tous morts!", me disait autrefois ma mère… Ma mère n’est plus de ce monde, mais son interdit m’a longtemps habitée. Jusqu’au jour où, n’y tenant plus, j’ai retrouvé à Paris, Véra, son amie d’enfance. Toutes deux étaient nées en 1921 à Kalisz (Pologne), dans un sordide camp de réfugiés durant l’émigration de leurs parents vers la France. Véra savait de ma famille bien des choses que j’ignorais. M’appropriant ses souvenirs au fil de nos rencontres, je les ai mis en récits. Je reconstruisais mon passé familial, apprivoisant mon Ukraine intérieure... c’est alors que surgit l’inimaginable: il y avait là-bas en Ukraine, quelqu’un qui m’attendait!
Tel est le sujet de mon nouveau roman – "Un possible Voyage" que j’écris, cette fois-ci, en trois mots ! – où l’on découvre comment une mémoire amputée par l’exil et soixante-quinze ans de communisme peut redevenir, par la grâce d’une rencontre, mémoire vivante!

Cette histoire a-t-elle un lien avec votre premier roman sur l’Ukraine ?

Quelques mots, d’abord, sur ce premier récit. Les événements de Maïdan ont été pour moi un formidable déclencheur : j’ai compris que tous ces jeunes qui luttaient sur le Maïdan pour promouvoir la liberté et la démocratie avaient le même idéal que mon grand-père qui, en 1917, avait lutté avec Petlioura pour une Ukraine indépendante et démocratique. À un siècle de distance, c’était le même combat ! Alors, j’ai repensé à mes grands-parents. Quelques bribes de souvenirs me sont revenues en mémoire. J’ai fait des recherches documentaires approfondies, j’ai écrit aux archives de la région de Vinnytsia, (ma famille était originaire de Lipovetz). J’ai reçu plusieurs actes d’état civil, y compris un surprenant document que je n’avais pas demandé... C’est à partir de ce document que j’ai écrit "Cinq Zinnias pour mon inconnu", un livre dédié à un jeune homme qui faisait partie de ma famille et dont on ne m’avait jamais parlé. Et c’est le jour où j’ai terminé ce roman que j’ai décidé d’aller, enfin, en Ukraine !
"Un possible Voyage" poursuit, éclaire et approfondit la quête engagée dans "Cinq Zinnias". Il en révèle la genèse, il s’attache davantage aux raisons des non-dits familiaux, il parcourt l’histoire tragique de l’Ukraine à travers des récits inspirés de témoignages vécus... Mais ce roman-vécu est d’abord une invitation à explorer les intermittences du souvenir et les belles surprises de la mémoire !

Pourquoi parlez-vous de roman-vécu ?

Définir une limite entre autobiographie et fiction, c’est prétendre résoudre l’éternelle question de la poule et de l’œuf ! Certes, "Un possible Voyage" est un roman. Mais je l’ai appelé roman-vécu parce qu’il est fondé sur une expérience personnelle (à dimension universelle, il est vrai). Dès lors, donner un autre nom à mon héroïne m’eût semblé être une imposture. Je l’appelle donc Marie-France dans ce livre ; j’y explique comment la terreur communiste a marqué sa famille et s’est transmise de génération en génération. Mais il y a dans mon récit quantité de chapitres de pure fiction, des petites histoires plus ou moins autonomes en forme de "nouvelles" inventées à partir d’émotions que j’ai moi-même vécues ou imaginées par empathie pour le peuple ukrainien, et que j’ai collectées à travers mes lectures ou mes rencontres.

Pour quelle raison principale avez-vous écrit ces deux romans ?

Certes, mes enfants et mes quatre petits-enfants sont mes destinataires privilégiés : c’est pour eux que j’ai ressenti l’obligation de faire la lumière sur le drame vécu par mes grands-parents, sujet tabou dans la famille depuis toujours. Mais j’écris aussi pour faire connaître l’Ukraine à mes compatriotes français, si souvent ignorants, idiots-utiles, victimes de la propagande soviético-poutinienne, car à part Ouest-France, la presse française ne brille pas en ce domaine… Qui sait que l’État russe existe seulement depuis le XVIème siècle, alors que l’Ukraine (ou Ruthénie) existe depuis le IXème siècle ! Enfin, mon lectorat s’honore de nombreux lecteurs ukrainiens vivant en France et qui, comme Andreï Kourkov me l’a conseillé, m’ont convaincue de faire publier "Cinq Zinnias" en Ukraine. La traduction est actuellement en cours chez "Dukh I Litera" à Kyiv.

Etes-vous retournée en Ukraine depuis 2015 ?

Pas encore. Ma famille, ce sont des gens âgés, extrêmement humbles qui habitent dans un village très reculé. Ils n’écrivent pas. Ils n’ont pas internet. Toutes leurs forces et leurs maigres revenus sont consacrés au travail et à la préservation de leur santé chancelante. Pourtant, je vais y retourner en juin 2021, car je suis invitée à Kyiv par l’Université Taras Chevtchenko pour présenter mes ouvrages au Colloque Mykola Zérov. En 2015, j’étais accompagnée par un ami ukrainien francophone. Cette fois, c’est mon fils aîné qui m’accompagnera. Il est vrai que ne connais pas l’ukrainien, mais je suis en train de l’apprendre !

Que pensez-vous de la situation actuelle, de l’évolution de l’Ukraine depuis Maïdan ?

Je sens que la mentalité soviétique est toujours présente, au service de certains profiteurs : les oligarques souvent poutinophiles. Malheureusement, la lutte contre la corruption initiée par Poroshenko et promise par Zelenski semble en panne… je crois que les Ukrainiens sont assez désespérés. Je pense que l’Ukraine doit s’associer à l’Europe mais les représailles russes s’intensifieront… Les Ukrainiens sont pris en étau entre cette mentalité soviétique à l’intérieur et l’impérialisme de Poutine à l’extérieur. La guerre est à nos frontières : il faudrait que les Européens ouvrent un peu les yeux du côté de l’Ukraine !

Où peut-on acheter vos ivres ?

Sur mon site : https://mariefranceclerc.com/un_possible_voyage_roman/://

audio_clerc.mp3 Un Possible voyage, de Marie-France Clerc.  (190.74 Ko)









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