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Une icône des Années folles

La chronique culturelle de Colette


Depuis le 5 octobre 2018 jusqu’au 24 février 2019, le palais Gaviria à Madrid met à l’honneur Tamara de Lempicka, Reine de l’art déco. Cet édifice de la rue de l’Arenal, artère historique de la capitale, construit dans les années 1845 pour le banquier Manuel Gaviria y Douza anobli marquis de Gaviria et comte de Buena Esperanza, accueille depuis 2017 de prestigieuses expositions, Duchamp, Dali et Magritte, organisées par la société italienne Arthemisia.


chronique_colette_t__de_lempicka.m4a chronique colette T. de Lempicka.m4a  (3.07 Mo)

Gioia Mori, professeur d’art médiéval et moderne à l’Académie des Beaux-Arts de Rome et éminente spécialiste de l’artiste, est commissaire de cette exposition, première rétrospective de Tamara de Lempicka à Madrid. Une exposition s’était tenue à Vigo, en Galice, en 2007. Celle de Madrid est auréolée du succès connu précédemment à Milan en 2006, Paris en 2013, Turin en 2015 et Vérone en 2015.

Tamara de Lempicka était venue en Espagne en 1932, elle y a beaucoup fréquenté le musée du Prado, fascinée par El Greco et Goya mais insensible à Velázquez. Le soir, on la voyait dans les lieux à la mode. Elle se rendit aussi à Tolède, Séville, Cordoue, Malaga et peignit alors une sainte Thérèse en extase inspirée par la sculpture du Bernin, elle figure d’ailleurs dans l’exposition.

Née Tamara Rosalia Gurwik-Gorska le 16 mai 1898 à Varsovie dans une famille juive très aisée, elle étudie à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Petersbourg et épouse en 1916 Tadeusz Łempicki, un avocat de neuf ans son aîné. Ils auront une fille Maria Krystyna dite "Kizette", née le 16 septembre 1916, elle la peindra à plusieurs reprises. La révolution d’octobre bouleverse leur vie, la famille fuit la Russie, arrive à Copenhague puis à Paris et pendant quelque temps vit de la vente de ses bijoux. Tamara mène une vie mondaine effrénée et assume très librement sa bisexualité. Elle fréquente André Gide, Pablo Picasso aussi bien que Jean Cocteau et étudie auprès d’André Lhote et Maurice Denis. En 1922, elle expose au Salon d'Automne, suivront de nombreuses expositions individuelles ou collectives, Salon des Indépendants de Paris, Exposition internationale des Beaux-Arts de Bordeaux où elle reçoit un diplôme d’honneur. En 1925, elle participe à la première grande Exposition internationale des arts décoratifs et industriels de Paris. en 1937, elle expose au Musée du Jeu de Paume avec "Les femmes artistes d’Europe". Un critique d’art présentera ainsi son œuvre: "Une lumière à la manière d’Ingres, du cubisme à la Fernand Léger, avec du rouge à lèvres Chanel". En 1929, elle est invitée à New-York par le milliardaire Rufus Bush pour peindre un portrait de sa fiancée. Elle divorcera en 1928 et sans renoncer à ses amours saphiques, se remarie en 1933 avec le richissime baron hongrois Raoul Kuffner von Dioszegh.

A l’approche de la Seconde Guerre mondiale, le couple part pour les États-Unis et s’installe à Beverly Hills dans l’ancienne demeure du réalisateur King Vidor.Tamara organise plusieurs expositions en Californie qui ne connaîtront pas le succès passé. Ils repartent pour New York en 1943 et à la fin de la guerre, l’artiste retrouve son appartement-atelier du 7 de la rue Méchain dans le XIVe arrondissement de Paris, conçu en 1928 par le célèbre Robert Mallet-Stevens et Adrienne la sœur de Tamara, architecte elle aussi. A la mort du baron en 1962, elle rejoint sa fille Kizette mariée à Houston au Texas. La cohabitation n’est pas des plus heureuses et en 1978, elle s’installe à Cuernavaca dans l’État mexicain de Morelos, à une centaine de km au sud de la capitale. Devenue veuve, Kizette viendra vivre avec sa mère qui mourra dans son sommeil le 18 mars 1980. Respectant le souhait de Tamara, Kizette disperse ses cendres au sommet du volcan Popocatépetl…


A travers le palais Gaviria

Au cours des années '40 et '50, l’œuvre de Tamara de Lempicka tombe dans un relatif oubli, son art est jugé mineur et trop mondain. L’évocation des excès qui avaient suivi la Première Guerre, auxquels elle-même avait tant participé et qui étaient abondamment suggérés dans son œuvre ne surprenaient plus personne. Tamara avait même connu une crise mystique et cherchait à se renouveler. Aussi faut-il attendre l’exposition rétrospective "Les années '25" en 1966 au Musée des arts décoratifs de Paris et surtout celle organisée par Alain Blondel dans sa galerie du Luxembourg en 1972, pour vraiment redécouvrir l'artiste.

Depuis, les expositions se sont succédé et les prix des œuvres s’envolent dans les ventes. Les collectionneurs passionnés sont nombreux, Barbra Streisand, Madonna, Jack Nicholson ou le milliardaire mexicain Carlos Slim notamment. Ce dernier a d’ailleurs prêté une dizaine d’œuvres venues du Museo Soumaya-Colección Slim de Ciudad de México. L’artiste a même fait l’objet d’une BD "Tamara de Lempicka Une femme moderne" de la part de la scénariste Virginie Greiner et la dessinatrice Daphné Collignon. L’exposition madrilène comporte quelque 200 pièces provenant de plus de 40 collections privées, musées et autres prêteurs. Parmi elles, au moins 80 concernent le mobilier, différents objets décoratifs Art déco naturellement, affiches, films, photographies signées des plus grands noms de l’époque, Kertész,Tina Modotti, Madame D’Ora; robes et manteaux conçus chez Elsa Schiaparelli ou Madeleine Vionnet; chaussures créées par Salvatore Ferragamo.

Au long des salles, on découvre différents aspects moins connus de l’œuvre de Tamara, nombreux dessins ou natures mortes par exemple. Plusieurs portraits de femmes illustrent le style de la garçonne souvent coiffée du chapeau cloche, quelques amies affichent une complicité ambiguë. Parmi les nus, on en remarque deux de "La belle Rafaela", modèle rencontré au bois de Boulogne.

Une nouveauté est la présence dans la salle 7 d’un portrait du roi Alphonse XIII alors en exil. Cette peinture sur bois, 33×28 cm, inachevée a été retrouvée ces dernières années dans une collection privée parisienne. On savait grâce à une lettre de Tamara qu’elle avait peint l’arrière-grand-père de Philippe VI dans la ville thermale de Salsomaggiore, près de Parme en 1934. Elle indique que c’était un bavard impénitent. Gioia Mori se rappelle avoir vu ce tableau dans une exposition au Japon, on le présentait alors comme un portrait de Saint-John Perse qui fut secrétaire général du ministère des Affaires étrangères avant guerre et prix Nobel de littérature 1960. Actuellement, on évalue l’œuvre à un million d’euros.

Tamara de Lempicka, Reina del Art Déco
Jusqu’au 24 février 2019
Palacio de Gaviria, Calle del Arenal 9, Madrid, Espagne

26/12/2018




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