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Bafing Kul, musicien malien engagé contre l'excision


Par Rédigé le 11/07/2018 (dernière modification le 10/07/2018)

Expatrié en France depuis 2002, le musicien malien Bafing Kul n’a pas pu continuer à chanter librement dans son pays natal. Et pour cause, il dénonçait l’excision à travers ses chansons, une pratique très courante au Mali et peu contestée dans l'espace public. Désormais à la tête de l'association française Mélodies du Monde, il organise des festivals dont les bénéfices serviront à la construction d'un centre socio-médical au Mali.


bafing_kul_1.mp3 Bafing Kul.mp3  (1.25 Mo)

Avec ses longues dreadlocks, son sourire radieux et sa bonne humeur, Bafing Kul incarne l’esprit du reggae et la joie de vivre africaine. Bien que la vie ne soit pas toujours facile outre - Méditerranée, l’artiste respire l’optimisme et la détermination. À travers ses musiques reggae entraînantes et ses textes engagés, Bafing Kul a choisi de dénoncer avec ferveur les mutilations sexuelles et tout particulièrement l’excision.

Ce chanteur mène un combat avant-gardiste dans un pays où ces pratiques sont encore peu contestées. En effet, l’excision fait partie des traditions animistes: "Plus de 80% des femmes sont excisées et personne ne s’oppose véritablement à cette pratique, tant les hommes que les femmes", assure Bafing Kul.

Pourquoi avoir choisi l’excision comme cheval de bataille? "Chaque artiste a une sensibilité différente. J'ai toujours été sensible à l’injustice, c’est quelque chose qui m’a toujours animé", répond le chanteur. Féministe dans l’âme, Bafing Kul a toujours placé l’égalité homme-femme au centre de ses convictions: "Je suis féministe, il n’y a pas de raison, soit on l’est, soit on ne l’est pas", estime-t-il.

Au Mali, ce chanteur apparaît comme un précurseur dans un pays où l’égalité est donc loin d’être acquise. La raison? "Peut-être parce que j’ai eu la chance d’aller à l’école et de recevoir une bonne éducation grâce à mon oncle", explique-t-il. " Au Mali, on me prenait parfois pour un fou", poursuit-il en riant.


Féministe, engagé et expatrié

Selon les croyances animistes, une femme est considérée comme "impure" si elle n'est pas excisée. Ôter le clitoris permettrait alors de "fidéliser" la femme à son mari. En la privant d'une partie du plaisir sexuel, l'excision aurait donc pour but d'empêcher les relations extra-conjugales. "De toute façon, les mutilations sexuelles n’empêchent pas l’infidélité, ça n’a rien à voir avec ça!", clame Bafing Kul.

Libéral et volontairement provocateur, le musicien n’en démord pas: "si une femme veut coucher avec tous les hommes, qu’elle le fasse, c’est son droit autant qu'un homme!", assure-t-il. "Au Mali, ils utilisent le terme "pure" pour justifier l’excision. C’est une fiction, c’est seulement une manière de dominer la femme!", proteste le musicien.

L’excision est encore très taboue au Mali. D'ailleurs, aucune mesure de santé publique n’a efficacement été prise pour s’opposer à cette pratique. Bien qu'elle soit interdite dans les hôpitaux publics, l'excision est toujours pratiquée dans les cliniques privées. Ainsi les débuts artistiques et militants de Bafing Kul n’ont pas toujours été faciles. "J’ai commencé par amour de la musique mais je voulais avant tout dire quelque chose, faire passer des messages. Je voulais parler de réalité sociale, chanter les droits et la vie", explique-t-il.

Après avoir sorti une chanson engagée "52 Bamako", sur les maltraitances des aides ménagères au Mali, une ONG se tourne vers Bafing Kul pour lui demander d'écrire un titre sur l'excision. Au début, "les gens me disaient que ce n'était pas une bonne idée", assure-t-il. Mais le musicien accepte finalement. "J'ai quand même demandé l'avis de mon grand-père. Il m'avait dit que cette chanson ne sera pas populaire puisque l'excision fait partie des traditions. Mais il m'a assuré que cette pratique ne figure pas dans le Coran. Cela m'a encouragé à écrire cette chanson", explique Bafing Kul.

Quand il a finalement sorti son premier EP en 1998 au Mali, son producteur lui avait suggéré de ne pas diffuser sa chanson "Démystification" sur les ondes de la radio publique. "Mon producteur pensait que j'allais m'attirer des ennuis, car ce titre va à l'encontre des traditions", explique l’artiste. Mais pour Bafing Kul, hors de question de laisser son morceau au fond du tiroir.

Quand son titre est finalement sorti à la radio, il n’était pas au bout de ses surprises. "Beaucoup n'ont pas aimé. On me disait que j'allais me faire rejeter", explique-t-il. En effet, des groupements islamiques radicaux ont organisé des manifestations pour interdire les chansons contre l'excision dans les médias publics. Après avoir fait pression sur le ministère de la Culture, un décret a finalement été pris pour suspendre toutes campagnes de sensibilisation contre l’excision. "J’ai été menacé à plusieurs reprises, mon véhicule a été vandalisé. Au Mali, je ne pouvais plus exercer mon activité musicale librement, je ne pouvais plus m’exprimer", déplore-t-il.

Construction d'un centre médio-social au Mali

En 2002, Bafing Kul a donc décidé de s’expatrier en France pour poursuivre son activité artistique et militante. Au-delà de sa carrière musicale personnelle, le chanteur est animé par ses convictions et ses valeurs humanistes. À travers ses textes sans tabou, il défend sans complexe le droit des femmes, la libre disposition du corps et la liberté sexuelle. Toutefois, "bien que je sois désormais en France, c’est encore au Mali que je dois poursuivre ce travail", explique-t-il.

Il décide alors de fonder Mélodies du Monde, une association culturelle et humanitaire à Paris en 2009, afin d’allier sa passion pour la musique à ses engagements politiques. L’objectif? Organiser des concerts et des festivals afin que les bénéfices puissent servir à la construction d’un centre socio-médical dans la ville de Sanankoro au sud du Mali.

Depuis trois ans maintenant, Bafing Kul fait donc vivre le Nomade Reggae Festival à Frangy en Haute-Savoie. Des artistes de renommées nationales et internationales se sont déjà produits sur la scène de ce festival: Alpha Blondy, Yanis Odua, Black Roots, Touré Kunda, Raggasonic et bien d’autres encore.

Pour la troisième édition du festival, les bénéfices ont ainsi servi aux premiers forages du centre de santé. "Si j’ai fondé l’association Mélodies du Monde, c’était avant tout pour construire le centre de santé. Quand j’ai assisté aux premiers forages en septembre 2017, c’était comme un rêve, ça faisait dix ans que j’attendais ça!", confie le musicien. Ce centre aura plusieurs objectifs: permettre un accès facilité à certains soins médicaux et promouvoir l’éducation à travers des cours d’alphabétisation et de soutien scolaire. Enfin, un pôle sera dédié aux mutilations sexuelles, pour "réparer" les femmes excisées et servira aussi d'espace de dialogue pour les femmes victimes de violences.

Reconnaissant envers ses soutiens, Bafing Kul ne manque pas de remercier ceux qui ont fait vivre ce projet: "La construction du centre de santé est une grande aventure, de paix et d'amour, dans laquelle beaucoup de personnes se sont engagées. Ce projet appartient à tous les festivaliers, aux bénévoles, aux artistes, à tous ceux qui se sont engagés dans le Nomade Reggae Festival". Acharné et audacieux, Bafing Kul n'a pas froid au yeux. Bien qu'il passe peut-être pour un "illuminé" au Mali, la majorité des personnes applaudissent sa détermination sans faille et son abnégation pour servir une cause que peu d’hommes ont encore osé défendre.










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