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"Ce chiffre renseigne sur le caractère risqué de notre métier"


Par Djidjioua Moustapha Oumarou Rédigé le 16/01/2021 (dernière modification le 15/01/2021)

Selon le rapport annuel de Reporters sans frontières (Rsf), du 1er janvier au 15 décembre 2020, 50 journalistes ont été tués dans le cadre de leur profession. Ce chiffre reste stable par rapport à celui de l'année 2019 avec 53 tués, malgré la réduction des reportages du fait de l'épidemie de Covid-19. Rsf note que plus des deux tiers de journalistes ont été tués dans les pays en zone de paix.
Denis Kwebo, président du Syndicat national des journalistes au Cameroun (Snjc) nous donne sa lecture de ce rapport et dresse la situation du métier de journaliste au Cameroun.


Denis Kwebo, président du Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc)
Denis Kwebo, président du Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc)
nouvel_enregistrement_28.m4a ITW Denis Kwebo, président du Syndicat national des journalistes au Cameroun.m4a  (5.81 Mo)

Selon le rapport de Reporters sans frontières, 50 journalistes ont été tués dans le cadre de l'exercice de leur fonction. Que vous inspire ce rapport?

Disons que ce sont des chiffres qui font froid dans le dos. Des chiffres qui renseignent sur le caractère risqué de notre métier. Des risques liés aux attaques qui peuvent venir de part et d'autre. Des risques liés à la pertinence de certaines enquêtes et certains reportages et des risques qui interpellent n'est-ce pas des professionnels au Cameroun comme d'ailleurs sur leur responsabilité, sur leur propre sécurité. Donc 50 journalistes tués, c'est trop. Mais tout le monde sait que tous les ans le décompte macabre se fait. Mais les confrères du monde entier restent déterminés à exercer leur métier malgré ce danger, malgré ces risques.

Le même rapport indique que plus des deux tiers des journalistes sont tués dans les pays en zones de paix. Quelle analyse en faites-vous?

Cela veut dire que les journalistes meurent en zones de paix et non en zones de guerre. En zones de guerre, on pourrait penser à des dégâts collatéraux, on pourrait penser que les journalistes n'ont pas été particulièrement pris pour cible. Mais en zones de paix, 50 journalistes qui meurent; ça veut dire qu'ils sont pris pour cible parce qu'ils sont des journalistes, parce qu'ils exercent leur métier. et c'est ce qui fait mal. Lorsque des journalistes meurent dans des zones de conflits, on peut dire que ce sont des dégâts collatéraux. Le nombre des  journalistes est de plus en plus important et ça inquiète. Celaa inquiète d'autant plus que ces dernières années, notamment en Amérique latine dans les zones où sévissent des mafias, les journalistes sont devenus les principales cibles de bandes organisées criminelles. Le métier devient de plus en plus dangereux, chaque fois que les journalistes vont au coeur de systèmes opaques, au coeur de systèmes qui manquent de transparence ou au coeur de trafics et pratiques illicites. C'est tout simplement ainsi qu'on comprend ces chiffres qui interpellent les organisations professionnelles de la presse en matière de sécurité et de protection des journalistes.

Quelle est la situation des journalistes ici au Cameroun?

Le Cameroun ne compte pas parmi les pays qui ont vu le plus grand nombre de journalistes assassinés. le seul cas qui existe et qui n'a pas été élucidé, c'est la mort de Samuel Wazizi qui est décédé dans les conditions que nous ne connaissons pas. C'est d'ailleurs pourquoi le Snjc a demandé que le gouvernement fasse toute la lumière sur l'affaire. Il existe des pays où les journalistes sont systématiquement pris pour cible. Le Cameroun ne compte pas parmi ceux où les journalistes sont systématiquement pris pour cible, il faut le reconnaître. Ce qui ne veut pas dire que tout va pour le mieux. On a eu beaucoup de journalistes interpellés cette année. Dans d’autres pays ils sont interpellés et incarcérés, leur matériel professionnel confisqué. Nous estimons que la situation des journalistes dans chaque pays y compris au Cameroun est fonction du rapport de force. C'est pourquoi les organisations professionnelles doivent se renforcer, les organisations professionnelles de la presse doivent être soutenues, les journalistes doivent bénéficier de la protection des organisations professionnelles qui sont là pour les aider.

En 2020, le Cameroun est au 134e rang dans le classement des pays en ce qui concerne la liberté de la presse. Quelles analyses faites-vous?

Oui, nous avons indiqué que beaucoup de journalistes ont vu leurs droits bafoués ces derniers mois. Quand un journaliste est empêché d'effectuer un reportage, lorsque son matériel est confisqué, qu’il est placé en garde à vue et se retrouve devant les tribunaux, ce qui est le cas de nos confrères de Kalara, alors on accuse le coup et l’image du pays en est affectée dans le classement des organisations internationales qui évoquent sur le principe de la liberté d’exercice de la profession pour les journalistes. Donc notre mauvais classement est dû au mauvais traitement infligé aux journalistes du Cameroun.

Rsf a recensé 7 journalistes tués dans le cadre de la couverture de manifestations. Ici, au Cameroun, on assiste à ce genre d’interpellations. Est-ce que le journaliste n'a plus le droit de couvrir les manifestations?

Le journaliste a le droit d'exercer son métier. Cela peut être dans le cas de la couverture d'une manifestation, ça doit être dans le cas de la recherche de l'information en toute circonstance, en tout lieu. Cela participe ou relève de la franchise professionnelle. La franchise professionnelle est ce droit que les journalistes du monde entier ont de rechercher les informations pour les mettre à la disposition du public. les manifestations publiques sont des réservoirs d'informations. Le fait de rapporter le déroulement desdites manifestations relève de la compétence exclusive des journalistes. Sauf qu'il faut aussi aller chercher dans la nature même de ces manifestations. S’il assiste à une manifestation violente, il y a des risques pour que le journaliste soit pris comme cible dans cette confrontation. Lorsqu’une manifestation est interdite, tout le monde sait qu’elle est à risque. Mais toutes les parties, les organisateurs des manifestations ou les institutions chargées de régler l'ordre social doivent respecter la franchise professionnelle, à savoir permettre aux journalistes de suivre ces événements là parce que les journalistes ne sont pas les acteurs de manifestations, ce sont des observateurs. observateurs pour le public, parce que les citoyens ont le droit de savoir. Dans la constitution, le droit à l'information est un droit du citoyen et le journaliste est un agent chargé d'aider le citoyen à s'informer. Dans le cas de cette franchise, il n'est pas bon pour notre pays comme pour tout autre pays d’ailleurs que les journalistes en situation professionnelle de couverture, puissent être empêchés de se mouvoir librement.

Est-ce qu'il y a un mécanisme mis en place par le Snjc pour protéger les journalistes pendant la couverture des manifestations?

Naturellement ceux qui suivent l'actualité savent comment ça se passe, à savoir que le SNJC a un système d'alerte. Dans les secondes qui suivent l’arrestation d’un journaliste, toute la chaîne nationale et internationale de notre corporation est informée et est à pied d'oeuvre, régulièrement avec succès, pour obtenir la libération sans conditions d'ailleurs, du journaliste qui fait l'objet de l’interpellation, brève ou prolongée. La meilleure protection pour un journaliste, c'est d'observer les règles professionnelles, soit s’identifier; le Snjc a obtenu le gilet de presse pour la plupart de ses membres et c'est un facteur important. Avant on nous disait que les gens étaient interpellés parce qu'on ne savait pas que c’étaient des journalistes. Maintenant, la majorité d’entre eux s’identifient par des gilets bleus avec l'inscription de presse. Donc, la première sécurité qu'on a pu obtenir c'est que les journalistes portent un signe distinctif grâce à ces gilets de presse. Donc dans les manifestations, les journalistes font l'effort de ne pas se retrouver au coeur de la violence parce qu'ils sont des observateurs; ils ne sont ni d'un camp ni de l'autre mais ils sont quelque part au milieu.

Quel est le sort des journalistes qui ne font pas partie du Snjc, qui ont le gilet de leur entreprise? Lorsqu'ils couvrent des manifestations on les interpelle toujours et quel est leur sort?

En principe, le Snjc ne devrait pas s'apitoyer sur le sort des journalistes non syndiqués. Quand un journaliste n'est pas syndiqué, il sait sur quel mécanisme il peut compter dans sa profession et sa sécurité. Il ne faut quand même pas demander à une organisation professionnelle de s'occuper de vous alors que vous n'avez aucun rapport avec ladite organisation. On étend notre activité et notre protection à tout le monde. Il y a une résolution de notre syndicat qui dit que nous devons nous occuper de nos membres. Il y a une propension à la désyndicalisation au Cameroun et une peur de la socialisation chez certains journalistes. Mais chaque fois qu’ils sont frappés, ils découvrent sur le tas, la nécessité d’appartenir à une organisation comme le Snjc. En tout état de cause nous travaillons pour la corporation sans tenir compte de certains confrères qui estiment qu’ils n’ont pas le droit de syndicat et qu’ils n’en ont besoin que lorsqu’ils sont incarcérés. C’est une situation qui se vit aussi ailleurs. Mais le syndicat peut opter pour la défense de tel ou tel autre. Ce n’est pas une obligation pour le Snjc de défendre les personnes qui ne sont pas membres.

L’affaire Wazizi, où en sommes-nous. Où en est l’Etat avec les proches des familles de ce dernier ?

Le Snjc n’est pas un organe judiciaire. Wazizi a été interpellé. Il a été porté disparu et le gouvernement l’a annoncé pour mort. Il revient à chaque journaliste d’aller chercher l’information où elle se trouve. Wazizi n’est pas mort au Snjc. Wazizi n’était pas en conflit avec le Snjc. Au contraire, le Snjc s’est toujours intéressé à son sort. Donc les journalistes pris individuellement, doivent rechercher l’information où elle se trouve. Aujourd’hui, seul le gouvernement peut nous dire où on en est. Ce n’est pas le Snjc qui sait où on en est parce que nous ne sommes pas membres de la commission d’enquête qui travaille sur l’affaire. Nous attendons comme tout le monde. Qu’on nous dise ce qui s’est passé avec Wazizi.

Article réalisé par Mabe Esther Muriel et Djidjiou Moustapha Oumarou








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