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Covid-19 : Les peuples autochtones du Brésil sur le point d'être décimés ?


Par Audrey Gléonec Rédigé le 26/05/2020 (dernière modification le 27/05/2020)

Le Brésil est aujourd’hui le troisième pays le plus touché au monde par l’épidémie de Covid-19. Parmi sa population, les autochtones voient le nombre de contaminations progresser de manière foudroyante. Indifférent, le pouvoir brésilien semble s’acheminer vers un véritable ethnocide par inaction.


38 peuples autochtones menacés d’extermination

Appel à l'aide du chef Raoni, en septembre dernier lors du festival Climax à Bordeaux. Photo © Audrey Gléonec
Appel à l'aide du chef Raoni, en septembre dernier lors du festival Climax à Bordeaux. Photo © Audrey Gléonec
"Toute cette destruction n’est pas notre marque, c’est l’empreinte des Blancs, la trace de vous sur terre". Davi Kopenawa, Yanomami. Voici ce que l’on peut lire sur la page d’accueil de l’ONG brésilienne Socioambiantal. Des propos durs mais dont on ne peut que comprendre la sévérité quand on voit l’évolution dramatique de la situation sanitaire pour les peuples autochtones d’Amazonie. Pour eux, en effet, la pandémie de Covid-19, c’est l’histoire qui se répète. Le choc épidémique survenu lors des premiers contacts avec les Occidentaux a décimé près de 90% de population en Amazonie. Les conquistadors avaient apportés avec eux des maladies telle que la rougeole contre lesquelles le système immunitaire des Amérindiens n’était pas préparé à lutter, tout comme aujourd’hui avec le Coronavirus. Les populations autochtones sont immunologiquement sensibles aux virus qui n’ont jamais circulé auparavant comme c’est la cas avec le Covid-19. Ils sont par ailleurs plus vulnérables aux épidémies en raison des conditions sociales et sanitaires dans lesquelles ils se trouvent, à savoir l' éloignement géographique, et le manque d’équipement de santé. Le Brésil compte actuellement 800 000 autochtones regroupés en 38 peuples. D'après des chiffre communiqués par le ministère de la Santé brésilien, le 25 avril dernier, il y aurait 760 cas d’ autochtones contaminés en zone rurale et 35 décès. Mais on peut supposer que le bilan est largement plus élevé, car il y a très peu de tests pratiqués dans les villages. Les Amérindiens d’Amazonie étaient en effet déjà fragilisés par la politique de Jair Bolsonaro. En proie à la déforestation de leur territoire, au trafic des orpailleurs et à l’exploitation anarchiques des ressources, les communautés vivants au sein de la forêt sont depuis longtemps victimes de maladies, ainsi que d'actes criminels. Depuis l’apparition du Covid au Brésil, leur situation sanitaire se détériore rapidement. En septembre dernier, loin de se figurer pourtant quel danger surviendrait quelques mois plus tard, le cacique Raoni était venu en France. La forêt amazonienne était alors en proie aux flammes. Le but de sa visite était déjà d’alerter sur les excès de la politique délétère menée par le président brésilien, Jair Bolsonaro, à l’encontre de son peuple mais aussi concernant la forêt tropicale. Depuis le mois d' avril dernier il lance une campagne. "Covid-19 : protégeons les gardiens de l’Amazonie", est une collecte de fonds destinée à aider les communautés à sécuriser leur confinement et à financer un ravitaillement d’urgence.

Bolsonaro : vers un "éthnocide" amérindien ?

Caricature © GigioLuthier
Caricature © GigioLuthier
Elle fait scandale depuis quelques heures. Une video compromettante montre le président brésilien et son ministre de l’Environnement, Ricardo Salle, estimer qu’il faut : "profiter de l’ opportunité du fait que la presse soit focalisée sur le coronavirus" pour "passer des réformes et assouplir les règles" liées notamment à la préservation de l’Amazonie". Des propos qui en disent long sur le peu d’importance que Jair Bolsonaro et son entourage accordent à la préservation de la forêt amazonienne. Hors la protection de la forêt tropicale est indisociable de celle des communautés indigènes. Ouvertement anti-autochtones, il n’a cessé de rogner les droits des peuples de l’Amazonie depuis son arrivée au pouvoir. Paroles racistes, et menaces font partie de ses discours. N’hésitant pas à stigmatiser et à rabaisser les leaders des différentes communautés. Une situation dont était par ailleurs venu témoigner le cacique Raoni lors de sa dernière visite en France : "Bolsonaro, dit que je ne suis rien, que je ne suis le chef de personne mais moi je suis respecté par mon peuple" avait-il alors expliqué. Entre le mépris du chef d’Etat brésilien et les assaults constants de ceux qui exploitent à outrance la forêt amazonienne, il y a tout lieu de penser que le pouvoir brésilien a décidé d’en finir avec les autochtones.

Jair Bolsonaro, n’a par exemple, pas hésité à mettre un fondamentaliste évangélique à la tête du département qui chapeaute les territoires indigènes. Hors les missionnaires qui y pénètrent se sont avérés être vecteurs de contamination. Il y a peu, un juge brésilien a contré la politique du président en interdisant l’accès des territoires indigènes aux missionnaires évangéliques. Cette décision fait suite à une demande de la part d’une organisation autochtone de la vallée de Jivari réclamant le droit à l’isolement. En effet, face au manque de moyens médicaux, la seule stratégie de prévention que puissent adopter les autochtones c’est de rester cachés, au sein de la forêt tropicale : "Les communautés ont décidés de rentrer à l’intérieur de leurs terres et d’éviter tout contact avec l’extérieur" explique l’un de leur représentant. La discrimination dans l'accès aux soins rend d'autant plus crucial le respect du droit à l'isolement. Victoria Taudi-Corpus, rapporteur des Nations Unies pour le droit des peuples autochtones, alerte : "Les autochtones n’ont pas accès aux mêmes soins que ceux qui vivent en ville (…) il y a cinq siècles l’isolement était notre solution. Elle l’est encore aujourd’hui. Les communautés indigènes ferment les routes et les voies d’eau qui mènent à leur village. Les Kokama d’Amazonie sont cependant déjà touchés".

Manaus : les morts incinérés collectivement

Obscèques du capitaine Messiah Kokama à Manaus. Photo © Steven Jakaoemo
Obscèques du capitaine Messiah Kokama à Manaus. Photo © Steven Jakaoemo
Le Brésil est le pays d’Amérique latine le plus touché par l’épidémie de Covid-19. L’Etat de Manaus, est actuellement la partie du pays où la progression de l’épidémie est la plus foudroyante. Manaus, capitale de l’Amazonie brésilienne, s’est transformée en cluster tropical. Sur place le nombre de cas de coronavirus augmente de manière exponentielle. Les autorités sanitaires semblent dépassées par la situation et les morts sont incinérés collectivement. "La situation est d’autant plus critique que beaucoup tentent de fuir la ville. On peut penser que certains d’entre eux sont porteurs asymptomatiques et qu’ils répandent ainsi la maladie ailleurs" s’inquiète Miguel Lago, directeur de l’institut de santé de la Police.

Dernièrement la mort d’un capitaine de la police de Manaus a ému l’ensemble des communautés autochtones du pays. Le capitaine Messiah Kokama, de la tribu des Kokama, est décédé du Coronavirus après une semaine d'hospitalisation. Il avait 53 ans et était père de famille. La tribu Kokama vit dans la forêt tropicale, répartie entre le Pérou, la Colombie et le Brésil. Beaucoup d’entre eux ont émigré à Manaus où ils vivent désormais. Les autorités de la ville ont fait une exception autorisant les membres de sa famille à rendre un dernier hommage au capitaine avec de véritables obsèques. Afin de prendre toutes les précautions, le cercueil a été emballé d'un film plastique pour faire barrage au risque de contagion. Les Kokama ne sont pas la seule tribu à être touchée. Même les communautés isolées en forêt, loin de la ville de Manaus, sont atteintes. Ainsi en amont de la rivière Solimoès, la tribu de Tikuna semble également payer un lourd tribu à la maladie. Des membres de la communautés auraient rapportés le virus dans le villages après être revenus d’un lieu en aval de la rivière où ils s’étaient rendus pour aller chercher leur salaire. Après leur retour beaucoup d’entre eux ont présentés les symptômes Covid, et deux d’entre eux sont décédés rapidement. Si du personnel de santé a bien été envoyé dans les villages, ces derniers ne disposent d’aucun équipement, ni de tests. Sinésio Tikema, leader d'un village, témoigne : "Nous sommes d’autant plus inquiets que l’aide n’arrive pas". Les Autochtones en sont donc réduits à faire appel aux médecines traditionnelles. Des inhalations à base de plantes médicinales brûlées, voilà le seul remède dont dispose la tribu Tikuna. Pas de quoi rassurer, quand on sait que cela se cumule à une situation d’isolement qui ne permet pas d’évacuer en urgence un malade vers des services de soin intensif. La plupart des villages Tikuna, situés à 1600 km de Manaus, en amont de la rivière, ne sont desservis que par bateau ou par de petits avions de tourisme. Foyer épidémique, l'amont de la rivière Solimoès, compte déjà 162 cas parmi les 76000 indigènes qui y vivent, 11 seraient morts. Force est de constater que face au Covid, les peuples autochtones d'Amazonie brésilienne, sont tout simplement abandonnés à leur sort.

Inaction du pouvoir brésilien, destruction du milieu forestier amazonien, manque de moyens et d'accès aux soins, sont autant d'éléments qui constituent un cocktail fatal pour les populations autochtones qui étaient déjà fragilisées. On peut dire que c’est un véritable ethnocide que se joue actuellement en Amazonie. Une politique, qui, dans le contexte de crise sanitaire lié au coronavirus, est en train de se payer en nombre de vies pour les derniers Amérindiens du pays.

Le message du chef Raoni :









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