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La hernie discale lombaire est-elle une fatalité?


Par Rédigé le 24/09/2019 (dernière modification le 02/10/2019)

Le mal de dos est un problème de santé public majeur dont le coût s’élève en France à 2 milliards d’euros chaque année. La hernie discale lombaire est une pathologie extrêmement fréquente pouvant être une des causes possibles du mal de dos. Dans tous les cas, le médecin généraliste est la clé de voûte déterminant la meilleure prise en charge.


Le mal de dos peut survenir suite à un port de charge mal effectué, une mauvaise posture ou une posture répétitive. Connues de tous ou presque, les douleurs au niveau de la région lombaire disparaissent le plus souvent d'elles-même. Toutefois, elles peuvent persister et parfois même devenir chroniques. Et, puisqu’il est le premier échelon du parcours de soin, l'avis médical du médecin généraliste s’impose. Les examens clinique et radiologique peuvent alors révéler une hernie discale. Qu'est-ce qu'une hernie discale lombaire et quels sont ses signes cliniques? Comment la prévenir? Comment lutter contre la douleur au quotidien? Dans quels cas l'intervention chirurgicale est-elle inévitable? Peut-on vivre avec cette pathologie? Décryptage avec les professionnels de santé normands.

Définition et facteurs

Professeur Évelyne Émery, neurochirurgien et chef du service de neurochirurgie du CHU de Caen © J. P.
Professeur Évelyne Émery, neurochirurgien et chef du service de neurochirurgie du CHU de Caen © J. P.
la_hernie_discale_lombaire_est_elle_une_fatalite.mp3 La hernie discale lombaire est-elle une fatalité.mp3  (18.85 Mo)

D'une façon générale, la colonne vertébrale est composée de vertèbres et entre-elles de disques qui assurent sa souplesse. Le disque dont la structure est souple et gélatineuse, peut déborder dans le canal rachidien causant une irritation, une inflammation sur les nerfs s'y trouvant. "C'est une pathologie extrêmement courante. Par exemple, ce matin sur 40 patients reçus, 35 l'étaient pour des problèmes de dos: hernie discale et arthrose", indique le Professeur Évelyne Émery, neurochirurgien et chef du service de neurochirurgie du CHU de Caen.

Il existe 3 facteurs favorisant la hernie discale: génétique, environnemental ainsi que l’insuffisance d’entretien des muscles. "Tout d’abord, il y a une petite part génétique. Sans doute le disque a une composante chimique le rendant plus fragile aux sollicitations mécaniques ainsi qu’aux ports de charges. Ensuite, les facteurs environnementaux parmi lesquels ceux possiblement professionnels: des mauvaises postures, des postures répétées ou des ports de charges qui ne sont pas forcément bien effectués. En effet, des pressions plus importantes sur les disques peuvent causer une hernie discale. Les personnes sportives ou actives, donc avec un bon gainage musculaire, sont beaucoup moins sujettes à développer des pathologies discales ou des douleurs rachidiennes contrairement à celles présentant une insuffisance d'entretien musculaire. Le surpoids peut être un facteur aggravant mais n'est pas prédominant dans le déclenchement d’une hernie discale."

Les signes cliniques

Déplacement pathologique du centre du nucléus pulposus à l'origine de la hernie discale – Schéma issu d'un cours d'anatomie du rachis – IFRES de Normandie-Alençon © Marine B.
Déplacement pathologique du centre du nucléus pulposus à l'origine de la hernie discale – Schéma issu d'un cours d'anatomie du rachis – IFRES de Normandie-Alençon © Marine B.
Les signes cliniques de la hernie discale sont significatifs. "C'est tout d’abord une lombalgie – mal de dos aiguë – d'apparition rapide, assez brutale. Les heures suivantes ou le lendemain, une douleur descendant dans la jambe apparait: c’est la sciatique. Les patients, même s'ils n'ont pas de connaissance médicale, la reconnaisse: ils vont décrire un trajet ainsi qu’une douleur suivant un nerf. Il existe plusieurs trajets possibles en fonction du nerf incriminé: une sciatique L5, une cruralgie L4 ainsi qu’une sciatique S1. Parce que chaque nerf a son territoire dans la jambe. Donc, les patients vont se contracter au niveau dorsal, peuvent adopter une position antalgique, avoir des difficultés à marcher ou à appuyer le pied."

"À l'examen clinique, la manœuvre de Lasègue est un signe très sensible: le patient allongé sur le dos, en levant doucement la jambe tendue, le médecin réveillera au fur et à mesure une douleur – plus l'angle est étroit, plus le nerf est coincé par une très probable hernie discale. Nous vérifions les signes de gravité par la présence ou non de paralysie au niveau des pieds et des jambes. Dans le cas d’une paralysie, il s’agit alors d’une sciatique ou d’une lombosciatique paralysante: ce résultat doit déclencher des examens radiologiques beaucoup plus rapidement."

L'intervention chirurgicale

"Une lombosciatique ainsi qu’une hernie discale non compliquées guériront seules dans 80% des cas. Nous estimons qu'il faut 6-8 semaines pour guérir d'une lombosciatique non compliquée. L'inflammation installée, s'estompera peu à peu. La hernie discale peut se déshydrater, se dessécher et ne plus avoir l'élément compressif: la douleur du nerf s'estompera alors. Vivre avec une hernie discale non douloureuse est possible mais, si douleur il y a, elle doit être supportable." Toutefois, en cas de paralysie, de troubles urinaires, de douleurs hyperalgiques non soulagées par des antidouleurs notamment, la hernie discale peut être une urgence chirurgicale.

"L'acte chirurgical se pratique sous anesthésie générale. Il consiste en un petit abord au niveau du dos, nous écartons légèrement les muscles et retirerons la hernie discale. Nous ne grattons pas et ne retirerons pas tout le disque, nous enlevons uniquement la hernie discale compressive sur le nerf. Idéalement en technique dite mini-invasive – selon les équipes, en microchirurgie ou en endoscopique – pour ne pas léser davantage le disque et les muscles. Cette chirurgie donne les meilleurs résultats à long terme avec 95% de très bons résultats sur la sciatique. Toutefois, nous prévenons les patients que nous ne guérissons pas le mal de dos. La lombalgie, c'est plein d'autres facteurs: le disque qui s'use, se déshydrate, etc."
 

Rééducation et pédagogie du dos

Delphine Dumaine-Joubin, masseur-kinésithérapeute – étirement des ischio-jambiers © J. P.
Delphine Dumaine-Joubin, masseur-kinésithérapeute – étirement des ischio-jambiers © J. P.
Dans ce cabinet de kinésithérapie libéral situé à Falaise – Calvados, les patients présentant des maux de dos constituent 1/3 de la patientèle: de l’enfant scoliotique à la personne âgée ostéoporotique en passant par les patients ayant des douleurs de dos à cause du travail et/ou de la sédentarité. "Les premières séances, nous réalisons un bilan en demandant au patient de coter sa douleur, en donnant une note comprise entre 0 – il n’a pas mal, et 10 – il a très mal. Nous évaluons ensuite le retentissement sur sa vie personnelle et professionnelle: est-il en arrêt de travail ou non? Quel est le but de la rééducation? La prise en charge sera différente pour une personne âgée ou une personne jeune en pleine activité. Par exemple, concernant les adultes en âge de travailler, nous mettons tout en œuvre pour qu'ils reprennent rapidement une activité. Si la douleur est intense, nous commencerons les premières séances par des massages pour décontracter la région lombaire. Ensuite, les exercices mis en place visent à maintenir une souplesse dans les jambes grâce à des étirements de toute la région pelvienne, ciblant le bassin. Puis, afin de protéger le rachis, nous travaillerons sur le renforcement des muscles abdominaux, dorsaux et du tronc", explique Delphine Dumaine-Joubin, masseur-kinésithérapeute.

"L’économie rachidienne est très importante: apprendre à économiser son dos pour être capable de mener une vie quotidienne normale en travaillant sans douleur le plus longtemps possible. La posture au travail doit donc être adaptée: pour les activités sédentaires, il est nécessaire d'être bien assis; pour celles à la chaine, l'importance est d'économiser son dos en station debout; pour celles avec un port de charge, la nécessité d'apprendre à soulever", souligne-t-elle. Réapprendre aux patients à soulever des charges afin de préserver leurs dos, à se tenir assis et debout sans douleur, font partie intégrante de la rééducation. La pédagogie du dos est inculquée aussi bien par les masseurs-kinésithérapeutes, les médecins rééducateurs que les ergothérapeutes.

Docteur Patrick Louf, médecin rééducateur au CMPR de Bagnoles-de-l'Orne © Dr Patrick Louf
Docteur Patrick Louf, médecin rééducateur au CMPR de Bagnoles-de-l'Orne © Dr Patrick Louf
Le Docteur Patrick Louf, médecin rééducateur au Centre de Médecine Physique et de Réadaptation – CMPR – de Bagnoles-de-l'Orne, raisonne selon le concept de maladie bio-psycho-sociale. "Le patient est centré sur sa hernie discale mais elle n’est qu’une petite partie émergente de l’iceberg. Par exemple, le patient présente une hypolordose, c'est à dire un dos plat et ce n’est pas bon. En effet, c’est un facteur de risque pouvant générer une discopathie. Il y a donc la pathologie et tout le reste c’est le psycho-social. Le "psycho" c'est le comportement: le patient doit comprendre l'impact de son comportement sur sa situation actuelle. Comment je me comporte dans ma vie professionnelle et extra-professionnelle? Comment je me comporte vis-à-vis de la société et pourquoi je me comporte ainsi?" En plus de la rééducation, les ateliers de TMS – Troubles Musculo-Squelettique – intégrés dans le programme de rééducation de cette clinique du dos, conduisent donc le patient à s'interroger sur son propre comportement. Cette remise en question lui permettra d'adopter, quotidiennement, des gestes et postures limitant les douleurs ainsi que la récidive d'une pathologie discale.

Loin d'être une fatalité, plusieurs solutions médicales existent pour traiter les douleurs liées à la hernie discale: la prescription médicamenteuse – d'anti-douleurs, d’anti-inflammatoires ou de myorelaxants, l'infiltration, l'intervention chirurgicale ainsi que la rééducation. Toutefois, afin de prévenir les pathologies discales – et plus globalement les douleurs rachidiennes – ou d'éviter une récidive suite à une intervention chirurgicale, il est fortement recommandé d’éviter la sédentarité. L'activité physique quotidienne demeure donc essentielle: marcher ou pédaler plutôt que d’utiliser la voiture, prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur doivent, par exemple, devenir des automatismes.









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