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Tir sportif : Un coach français vise le Japon


Par Florent Guerout Rédigé le 21/11/2019 (dernière modification le 08/11/2019)

Eric Egretaud atterrit au Japon et rejoint l'équipe nationale en tant que coach. L’entraîneur français nous parle de son parcours et de sa discipline sportive.


Aoi Nishida à l'entrainement ©Florent Guérout
Aoi Nishida à l'entrainement ©Florent Guérout
Eric attend son élève Aoi Nishida dans le sous-sol aménagé du JSC (Japan Sport Council), l’équivalent de notre INSEP français. Située à Tokyo dans le quartier de Kita-ku, la salle de tir fait partie d’un vaste complexe sportif très moderne composé de 4 bâtiments, d'un terrain de foot et un stade d’athlétisme.

Aoi a 14 ans, elle est originaire d'Akita (500 km de Tokyo) et ne retourne que rarement auprès de sa famille, d’une part parce que le billet de train n’est pas donné, d'autre part parce que son parcours scolaire est exigeant et ne lui laisse que peu de temps libre. Elle sort du dortoir et traverse la rue pour rejoindre le stand de tir.

Préparez vos munitions, l’entrainement va bientôt commencer.
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La trajectoire du coach étranger

Eric Egretaud et Aoi Nishida ©Florent Guérout
Eric Egretaud et Aoi Nishida ©Florent Guérout
Eric Egretaud a commencé le tir au pistolet en 2004. A l’époque il ne se doutait pas qu’il serait un jour entraîneur au Japon, quoique...

Vers 25 ans et après plusieurs petits boulot Eric décide de reprendre ses études. Licence, Maîtrise, DEA puis Doctorat dans le domaine de la géologie. Son doctorat l’emmène une première fois au Japon et ce pays le marquera profondément.
De retour en France, il enseigne à l'Université plusieurs années et c’est à la suite d’une rupture familiale qu’il décide de commencer sérieusement le tir. Une idée qui lui trottait dans la tête depuis longtemps car tout petit déjà il dégommait des cartons chez son grand-père.

Il débute le tir en 2004 parallèlement à ses occupations d’enseignant et de traducteur et obtient rapidement des résultats convaincants en allant dès 2006 en finale des championnats de France. En 2008, il décroche son brevet d’Etat, devient sportif de haut niveau en 2010 et intègre la Fédération Française de Tir en 2011. Il gagnera les championnats de France en 2011 et il participera à la coupe du monde à Grenade en 2013.

En 2012 le DTN (Directeur Technique National) lui suggère de passer son professorat de sport. Il le fait, un peu à contre-cœur, sentant bien que cela signifie pour lui la mise au placard sur le plan des compétitions. Sa carrière de compétiteur est finalement assez courte et s’étale véritablement de 2010 à 2014, mais il faut admettre qu’Eric a commencé sur le tard et que, même si il est possible de pratiquer cette discipline bien après 30 ans (certains compétiteurs approchent des 50 ans), la volonté de la fédération était de laisser la place aux jeunes…

C'est ainsi qu'Eric devient entraîneur en équipe de France en 2014. Quatre ans plus tard sa femme trouve un poste au Japon, il la suit et y trouve facilement une place d’entraîneur grâce à sa réputation et à un besoin de compétences recherché par la fédération japonaise. Le Gaijin ("étranger" en japonais) s'est infiltré et amorce une nouvelle carrière.

Eric s’occupe aujourd’hui de 2 sportives japonaises de haut niveau ainsi que de quelques juniors qui viennent souvent suivre ses conseils au JSC.

Une discipline qui cartonne

Aoi vérifie sa cible avant de passer au tir à 25 mètres ©Florent Guérout
Aoi vérifie sa cible avant de passer au tir à 25 mètres ©Florent Guérout
Vous ne le saviez peut-être pas, mais le tir sportif est la troisième discipline individuelle mondiale et ce sport est en plein développement.
D’après les enquêtes menées par l’Obs : en France, pays plutôt bien situé dans cette pratique sportive, le nombre de licenciés dans les clubs aurait augmenté de 38% entre 2011 et 2016, passant ainsi de 145.365 à un peu plus de 201.000.

Les nations dominantes sont la Corée du Sud, la Chine, la Russie, la Serbie, l’Allemagne et l’Italie. Plus récemment l’Inde a fait son apparition dans le haut du tableau grâce à de gros investissements. L’Iran pointe aussi le bout de son nez. La France arrive quant à elle à décrocher régulièrement une à deux médailles aux Jeux Olympiques. D’autres nations moins réputées possèdent néanmoins de grands talents comme l’impressionnante tireuse grecque Anna Korakaki, championne olympique à 25m et vice-championne olympique à 10m.

Pour le dire gentiment, la place du Japon au niveau mondial se situe un peu plus bas dans le tableau. La dernière médaille olympique remonte à 1992 aux JO de Barcelone et sur les 15 dernières années il n’y a vraiment eu que Tomoyuki Matsuda, champion du monde en 2010, qui est sorti du lot. Ce retard s’explique assez facilement : la réglementation japonaise impose un numerus clausus de détenteur d’arme à feu. Seuls 500 sportifs peuvent pratiquer le tir avec un vrai pistolet au Japon, les autres doivent se rabattre sur la technique du pistolet laser qui est loin de donner la sensation du vrai pistolet.

Cela a le don d’énerver Eric car, comme il l’explique, les infrastructures sont superbes et les athlètes très motivés avec parfois de très gros potentiels de progression. Changer cette réglementation offrirait d’immenses opportunités aux athlètes qui ont de fait plusieurs années de retard face aux autres compétiteurs.

En attendant il faut essayer d’atteindre les objectifs fixés par le comité avec les moyens mis à disposition pour les entraîneurs et les athlètes.

L'épanouissement en ligne de mire

Une tireuse à la carabine s’entraîne aux côtés d'Aoi ©Florent Guérout
Une tireuse à la carabine s’entraîne aux côtés d'Aoi ©Florent Guérout
Après l’école, Aoi rejoint Eric à la salle de tir et ils resteront ensemble jusqu’à 18h. Cela signifie 2h d’entrainement par jour en plus des heures de classe et de la préparation physique du mercredi basée sur le gainage et le travail des épaules. Même si la performance est le but final en compétition, l'entrainement relève plus du développement personnel. Il n'est pas question ici de former des machines mais plutôt de faire éclore des capacités.

Aoi a une routine d’entrainement qui selon Eric est la clé du succès. Il s’explique : "tout le monde peut taper dans le mille du premier coup, la difficulté est d’être constant et la constance ne peut s’obtenir qu’en appliquant une routine". Des gestes et des petites habitudes répétés 1000 fois qui permettront à l’athlète de gagner en confiance et de viser juste avec régularité en compétition : le diable est dans les détails, la réussite aussi.

En dehors de cette routine, Eric confie qu’il n’y a pas de méthode miracle, d’autant que chaque athlète est différent. L’approche doit varier selon le caractère des individus. Il se sert surtout de sa propre expérience de sportif et reste persuadé que la communication est l’aspect le plus important de son métier. Faire attention à la formulation en restant toujours positif, sans pour autant fermer les yeux sur les erreurs. Il compare son rôle de coach à celui d’un parent.

La concentration joue aussi un rôle essentiel dans ce sport et il essaye souvent de tester le mental de ses élèves. Toujours avec bienveillance il les perturbe, les met en situation difficile pour les sortir de leur zone de confort. C'est un aspect important de la préparation car en compétition l’ambiance n’est plus la même qu’à la salle. Il faut savoir garder la tête froide.

Le mental, la gestion des émotions, la volonté d’apprentissage sont selon lui les principaux atouts d’un bon athlète. Sans oublier l’humilité car comme il le rappelle : "on est plus souvent confronté à l’échec qu’à la réussite".

Les difficultés et leurs impacts

Aoi travaille sa position sous l'oeil d'Eric ©Florent Guérout
Aoi travaille sa position sous l'oeil d'Eric ©Florent Guérout
Evidemment Eric rencontre des difficultés, à commencer par la barrière de la langue. Il est habitué à utiliser des images, des figures de style pour approfondir certains détails plus en finesse : malheureusement, même s'il maîtrise bien le japonais, les différences de vocabulaires ou les incompréhensions culturelles lui empêchent parfois d’avoir recours à cette méthode. "Mais je finis toujours par m’en sortir" confie-t-il.

Autre problème : les compétitions internationales sont fréquentes et il est primordial d’y emmener son équipe. Lorsqu’il exerçait en France cela ne posait pas trop de souci, il suffisait de prendre le train ou de louer un van pour se rendre en Allemagne, en Italie ou dans les pays de l’Est. Ici c’est l’avion obligatoirement et ça douille ! Sans parler de la fatigue et de la logistique que cela implique. C’est vraiment dommageable regrette-t-il car : "il faut faire sortir les athlètes de leur salle, actuellement les compétitions ne se font qu’au Japon, ce qui limite les rencontres et ferme beaucoup de portes". En contrepartie Eric se bat pour organiser plus de tournois, ce n’est pas la panacée mais c’est déjà un début.

Enfin et surtout la lourdeur de la réglementation japonaise contraint les entraîneurs à beaucoup de concessions. La limitation des armes, les formulaires à remplir en 15 exemplaires pour caresser l’espoir de faire une demande officielle, les catégories de tir accessibles uniquement à un certain âge (le tir à 25 mètres ne se pratique qu’à partir de 20 ans, sauf dérogation, alors que cela est possible bien plus tôt en France) … Autant d’obstacles qui freinent l’évolution des compétiteurs qu’Eric doit pourtant préparer aux grandes échéances des JO de Paris (2024) et de Los Angeles (2028).

Qu'a cela ne tienne ! Eric résout les problèmes avec son arme de prédilection : la passion. Le coach est « un guide, un accompagnateur qui travaille dans l’ombre » poursuit-il. Quand on lui demande quel est son plus beau souvenir il répond tout de suite que chaque potentiel révélé est une victoire. Chaque amélioration, minime soit-elle, est la récompense d’un travail quotidien et de longue haleine. On comprend à travers ses mots qu'il accorde plus d’importance à l’humain qu’à une performance bête et méchante. Etape par étape, avec beaucoup de réflexion, d’échange et d’imagination Eric sculpte son équipe et pense plus à l’épanouissement de l'individu qu'à son rendement. « Parler sans penser, c’est tirer sans viser » (Cervantès). Une démarche qui à coup sûr fait mouche !









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