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Le nouveau rideau de fer

L'édito de la semaine


Samedi 28 et dimanche 29 janvier 2018, on votait dans plusieurs pays européens. En Finlande qui a vu son président réélu, à Chypre dont les résultats finaux devraient être connus ce soir et enfin en République tchèque. Les commentaires, en fonction des vainqueurs, vont pratiquement du compliment, en passant par la relation du simple fait, au sarcasme.


edito_040218.mp3 Edito 040218.mp3  (2.38 Mo)

La réélection du président finlandais qualifié pourtant par les journaux de "conservateur" n’inquiète personne puisqu’il a "habilement" réussi à rapprocher "la Finlande (…) de l’OTAN sans contrarier son voisin russe, à couteaux tirés avec l’Union européenne et ses alliés depuis l’annexion par Moscou de la Crimée en 2014". Comprenons, il est de droite mais néanmoins pro-européen, donc tout va bien.

Mais tous n’ont pas droit au même traitement. Ainsi le président tchèque réélu, est-il qualifié d’"extravagant". Son rival défait, Jiří Drahoš, est quant à lui décrit comme "un académicien pro-européen, novice en politique" par Le Figaro. Le décor est planté. Vous avez d’un côté, un extravagant, ce qui veut dire tout et son contraire et de l’autre un profil parfait, un académicien, c’est-à-dire un intellectuel - et nul n’ignore qu’en Europe centrale, le terme est cent fois plus fort qu’en Europe occidentale - pro-européen, c’est-à-dire qui ne va pas dans le sens de tous ces pays de la même région qui se désolidarisent de plus en plus de Bruxelles. Et enfin novice, vocable à la mode depuis l’élection du président français. Surtout Miloš Zemanest qualifié de "populiste". L’horrible mot est lâché, surtout lorsque l’on sait qu’il succède à des présidents tels que par exemple Václav Havel, le président philosophe. Par conséquent, si nous suivons bien la réflexion des journaux qui rapportent les résultats de ces élections, le "populiste extravagant" Miloš Zeman, traité de "véritable politicien au sens le plus crû du terme", l’injure est sous-jacente…, prend la suite "des figures morales incontestées, au destin viscéralement lié à la création ou à l’histoire mouvementée de leur pays". Rien que cela!

Et malgré toutes ces tares - et on ne vous a pas tout dit, il est aussi qualifié oh horreur! de pro-russe et pro-chinois -, Miloš Zeman a gagné! Comment expliquer l’incompréhensible? Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de soutenir ce dernier qui ne m’inspire pas plus de sympathie qu’à vous. Comme d’autres dans la région, il utilise la même rhétorique récurrente contre les migrants en déclarant que "lutte contre l'immigration (est le) principal cheval de bataille", qualifiant l'afflux de migrants en Europe "d'invasion organisée" et de "bouillon de culture propice à des attaques terroristes".

Mais nulle part ailleurs, on n’a pu lire une tentative d’explication sur cette victoire prétendument incompréhensible. On tente un maladroit éclaircissement en opposant les ruraux aux citadins. Les ruraux étant évidemment ceux qui ne comprennent rien, ceux qui ne voient pas plus loin que leurs intérêts quotidiens et les citadins, pro-européens, riches, cultivés, intelligents, etc… Autant dire que ces tentatives d’explication simplistes et dangereuses, trop souvent caricaturales ne tiennent pas longtemps la route.

Les vieux démons sont de retour, si tant est qu’ils aient jamais disparu. La schématique dichotomie entre l’ouest et l’est revient à la surface, sans complexe. L’ouest ayant par définition raison face à l’est arriéré. On qualifie sans explication. On s’indigne mais on ne cherche pas à comprendre le pourquoi du comment.

La décision de la Diète polonaise d’adopter une loi visant à condamner quiconque "attribue à la Nation polonaise ou à l’État polonais une responsabilité ou une co-responsabilité pour les crimes nazis commis par le Troisième Reich (…), ou bien pour d’autres crimes de guerre ou crimes contre l’humanité" pourrait être interprétée dans ce sens. Comme une volonté de réécrire l’histoire et d’instaurer une nouvelle censure. Peut-être un peu mais peut-être pas tout à fait.

L’Autriche se rapproche du groupe de Visegrád, la Slovénie fait de même, sans parler de la Roumanie. Toutes les trois pour des raisons différentes mais au bout du compte pour un résultat identique. Viktor Orbán ne se sent plus seul. Il a désormais autour de lui de nombreux pays voisins qui ne sont pas loin de penser ni d’agir comme lui. Que l’on n’aime ou pas, c’est ainsi. Il est urgent semble-t-il de prendre acte de la situation, d’arrêter de les traiter de populistes ou autres, ce qui ne mène pas à grand-chose, et de tenter de comprendre afin de continuer à travailler avec eux.


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04/02/2018









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