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Média d'information international diffusé en podcast 🎙️
 

Huysmans est entré dans la Bibliothèque de la Pléiade  28/10/2019

Jeudi 24 octobre, le romancier et critique d’art, Joris-Karl Huysmans né Charles Marie Georges Huysmans à Paris le 5 février 1848 et décédé le 12 mai 1907 dans la même ville, entrait dans la prestigieuse collection des éditions Gallimard. 642e dans le catalogue, il y rejoint Racine, Vargas Llosa, Montesquieu, Proust, Cervantes, Borges, Céline, Gide ou Voltaire entre autres. Le premier tome "Romans et nouvelles" avec ses 1.856 pages, réunit Marthe, histoire d'une fille, Les Sœurs Vatard, Sac au dos, En ménage, À vau-l'eau, À Rebours, Un Dilemme, En rade, Là-bas, En route. Son premier livre paru en 1874 à compte d'auteur et au titre étrange, Le drageoir aux épices, recueil de poèmes en prose ou de courtes nouvelles, ne figure pas dans cette édition de la Pléiade mais a été réédité par Gallimard dans la collection Poésie de Folio. Les Éditions de l'Herne de leur côté, ont publié mercredi 23 octobre un "Cahier Huysmans".

Par ailleurs, le Musée d'Orsay présentera du 26 novembre au 1er mars 2020 une exposition "Huysmans, critique d’art", organisée par les musées d'Orsay et de l'Orangerie, ainsi que les Musées de la Ville de Strasbourg où on pourra la voir au Musée d'art moderne et contemporain de la ville du 3 avril 2020 au 19 juillet 2020.  

Pour 66€, prix de lancement jusqu’au 31 mars 2020, les lecteurs en sauront davantage sur les trois grandes périodes de création de cet écrivain, la naturaliste proche de Zola et Maupassant, la décadente et la catholique qui suit la conversion. De toute cette oeuvre abondante, on connaît surtout l’extraordinaire "A rebours", paru en 1884 qui narre l’existence de Jean des Essences, dandy aristocrate et esthète décadent; qui influencera dit-on, le "Le portrait de Dorian Gray" d’Oscar Wilde. Lors de la parution d’A rebours, Barbey d’Aurevilly avait "écrit"Après un tel livre, il ne reste plus à l’auteur qu’à choisir entre la bouche d’un pistolet ou les pieds de la croix".

En 2015, Michel Houellebecq avait sorti Huysmans d’un certain oubli avec son héros François, professeur d’université à Paris III qui dans "Soumission" faisait des recherches sur l'écrivain.

Une perle rare  25/10/2019

Mohammed Khalifa al-Moubarak, chef du département de la Culture et du Tourisme a annoncé ces jours-ci dans un communiqué "La découverte de la plus ancienne perle du monde à Abu Dhabi montre clairement qu’une grande partie de notre histoire économique et culturelle récente a des racines profondes qui remontent à l’aube de la préhistoire". Cette "perle d’Abu Dhabi" vieille de 8.000 ans, la plus ancienne du monde, a été découverte par des archéologues sur l’île de Marawah, au large de la capitale des Emirats arabes unis. Elle appartient au Musée national Zayed et sera présentée au Louvre Abu Dhabi lors de l’exposition "10. 000 ans de luxe", qui se tiendra du 30 octobre au 18 février prochain. Cette exposition montrera ce qu'est le luxe et sa signification à travers les siècles grâce à 350 objets venant notamment de musées français.

Des analyses au carbone 14 ont montré que les couches de roches d’où provient la perle datent de 5.600 à 5.800 ans avant notre ère, pendant la période néolithique. Des experts pensent que les perles étaient échangées avec la Mésopotamie contre des céramiques et d’autres marchandises, ou portées comme des bijoux. L’industrie perlière a prospéré dans le Golfe jusqu’aux années 1930, "époque des premières découvertes de pétrole et de l’apparition des perles de culture.

Mort d’une légende de la danse  25/10/2019

Le porte-parole du ballet de Cuba annonçait le jeudi 17 octobre qu’Alicia Alonso, unique "prima ballerina assoluta" d’Amérique latine où la danse classique était pratiquement inconnue avant elle, s’était éteinte à l’âge de 98 ans. Elle avait arrêté de danser en 1995, à 74 ans et était alors devenue chorégraphe. Née Alicia Ernestina de la Caridad del Cobre Martinez del Hoyo à La Havane le 21 décembre 1920, elle gardera le nom du chorégraphe Fernando Alonso son premier mari. Ses parents s’installent aux Etats-Unis et elle commence sa carrière en 1938 à Broadway dans plusieurs comédies musicales. Elle débute en 1943 au Metropolitan Opera dans le rôle principal de "Giselle" qui sera longtemps son rôle de prédilection qu’elle interprétera pendant des décennies. "Si Alicia Alonso est née, c'est pour que Giselle ne meure jamais" avait-on l’habitude de dire à Cuba, elle interprétera aussi la Belle au bois dormant ou Coppélia.

Après avoir dansé au Bolchoï, au Kirov et à l'Opéra de Paris, elle revient à Cuba. Elle y crée sa propre compagnie, qui deviendra le Ballet national de Cuba en 1959 après l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro. Elle en était un des plus fervents soutiens et n’a jamais abandonné l’île malgré les propositions plus alléchantes les unes que les autres qui lui étaient faites. Tout n’était cependant pas parfait, à l'âge de 20 ans elle était devenue presque aveugle à la suite d’un double dédoublement de la rétine et malgré ce lourd handicap, elle s’orientait avec des repères lumineux disposés sur la scène. Selon son second mari, le directeur du Musée national de la Danse Pedro Simon. "Moi je danse dans ma tête" disait-elle. Elle avait réussi un autre tour de force, attirer des hommes au ballet, malgré les moqueries dans un pays où l'on considérait les danseurs comme homosexuels… Aurora Bosch, une autre danseuse, avait raconté comment elle s’y était prise "Elle leur disait qu'on allait leur donner des cours d'escrime". Quand ils commençaient à répéter pour le ballet ils demandaient "Où est l'épée?'", finalement, ils se laissaient convaincre de danser.

En 2015, le Grand Théâtre de La Havane a été rebaptisé Théâtre Alicia Alonso en signe de reconnaissance pour son apport à la culture cubaine et à sa "fidélité à la Révolution". Et depuis 2018 dans le vestibule a été installée une sculpture en bronze de la ballerine qu’elle avait elle-même dévoilée.
Ses obsèques ont eu lieu le samedi 19 octobre et elle a été inhumée dans le caveau de la famille au cimetière Colomb. De nombreux hommages locaux et internationaux lui ont été rendus dont celui du chef de l’Etat cubain Miguel Diaz-Canel "Alicia Alonso est partie et nous laisse un vide immense, mais aussi un héritage inégalable. Elle a placé Cuba au meilleur niveau de la danse mondiale. Merci Alicia pour ton oeuvre immortelle". Ou bien encore le tweet du président bolivien, Evo Morales, qui évoque “la mort de la Cubaine Alicia Alonso, une des meilleures ballerines de tous les temps, symbole de la culture et de l’art en Amérique latine”. Le gouvernement espagnol, par la voix de son ministre de la Culture, José Guirao, parla d’“un mythe de la danse”, d’une ballerine qui “hors de la scène et jusqu’à son dernier souffle consacra tous ses efforts pour la diffusion et la grandeur de la danse".

Pluie de prix à l'Opéra de Monte-carlo  18/10/2019

Mardi 15 octobre à la salle Garnier était proclamé en présence de S.A.R. la Princesse de Hanovre, le palmarès 2019 de la Fondation Prince Pierre.
Linda Lê, française d'origine vietnamienne, est lauréate du Prix littéraire pour l’ensemble de son œuvre. Ce prix est doté de 25.000€.
Grégory Le Floch est lauréat de la Bourse de la découverte pour "Dans la forêt du hameau de Hardt" aux Éditions de l’Ogre en 2019. Il s'agit de 12.000€.
Aurélie Razimbaud a suscité le Coup de cœur des lycéens avec "Une vie de pierres chaudes" édité chez Albin Michel en août 2018. Prix doté de 6.000€ par la Fondation Princesse Grace.
Le Coup de cœur des jeunes mélomanes a été remis au Finlandais Jukka Tiensuu, pour son œuvre "Teoton, concerto pour sheng et orchestre".
Le Prix international d’art contemporain est attribué à l’Américain Arthur Jafa pour son œuvre "Love Is The Message, The Message Is Death" créée en 2016. L'œuvre, qui a été présentée durant la cérémonie de proclamation des Prix, sera exposée au Palazzo Madama de Turin du 1er au 13 novembre prochain, dans le cadre d'Artissima, Foire Internationale d'Art Contemporain.
Le Prix pour un Essai critique sur l’art contemporain est allé à l’Américaine Anneka Lenssen, proposée par Nada Shabout, pour son texte "Abstraction du nombre? Trouver la plénitude dans la peinture arabe".
Le Français Georges Didi-Huberman a reçu le Prix de la Principauté pour l’ensemble de son œuvre philosophique. Ce prix est décerné conjointement par les Rencontres Philosophiques et la Fondation Prince Pierre de Monaco.

Deux prix Nobel de littérature cette année  14/10/2019

Jeudi 10 octobre à 13h, ­ place de la Bourse à Stockholm, Mats Malm, nouveau secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise élu en juin 2019 annonçait que la Polonaise Olga Tokarczuk et l’Autrichien Peter Handke étaient les lauréats de ce prix prestigieux pour 2018 et 2019 respectivement. La première, née le 29 janvier 1962, pour "une imagination narrative qui, avec une passion encyclopédique, représente le franchissement des frontières" et le second, né le 6 décembre 1942, pour "son œuvre influente qui a exploré avec ingéniosité linguistique la périphérie et la spécificité de l’expérience humaine" selon la déclaration du même Mats Malm.

Ce prix qui récompense d’après le testament d’Alfred Nobel une œuvre littéraire ayant "fait preuve d’un puissant idéal" est doté de 9 millions de couronnes suédoises, soit quelque 830.000€. La remise des prix aura lieu à Stockholm le 10 décembre prochain, jour de l’anniversaire de la mort d’Alfred Nobel décédé le 10 décembre 1896.

Pourquoi deux prix en 2019? On se souviendra sans doute qu’à la suite d’un scandale impliquant des membres de l’Académie suédoise à partir de novembre 2017, le prix n’avait pas été attribué en 2018.
A peine le prix Nobel 2017 venait-il d’être attribué, à l’écrivain britannique Kazuo Ishiguro, qu’éclatait un scandale révélé par le quotidien suédois Dagens Nyheter. Dix-huit femmes accusaient le Français Jean-Claude Arnault, personnalité brillante de la vie culturelle suédoise et époux de la poétesse et académicienne Katarina Frostenson, de viols et agressions sexuelles ayant eu lieu entre 1996 et 2017. En outre, il recevait de substantielles subventions de l’Académie et se targuait d’en être le “19e membre”. L’intéressé nie naturellement mais l’Académie l’évince immédiatement et arrête toute subvention. En mars 2018, l’affaire est classée sans suite pour cause de prescription ou faute de preuves. Dans les semaines qui suivent, six académiciens dont la secrétaire perpétuelle en exercice Sara Danius, décédée le 12 octobre 2019, démissionnent. Ceux qui restent jugent indispensable de se donner du temps avant la désignation du prochain lauréat. En décembre 2018, la justice suédoise condamne finalement Jean-Claude Arnault en appel à deux ans et demi de prison ferme et à une amende pour viol. Et un nouveau secrétaire perpétuel est élu. De nouveaux membres font aussi leur entrée, tandis que cinq “consultants externes indépendants” chargés d’apporter de “nouvelles perspectives” sont engagés.

Il faut signaler qu’à côté du prix Nobel existe depuis 1980 le Right Livelihood Award, connu en français sous le nom de "Prix Nobel alternatif" il est doté d’une somme équivalente à 250.000€ répartie entre quatre lauréats choisis pour des thèmes différents comme l'environnement ou les droits de l'homme notamment. Ce prix est remis le 9 décembre au Parlement suédois, la veille de la cérémonie du prix Nobel. Cette année, la lauréate en a été Greta Thunberg "pour avoir inspiré et porté les revendications politiques en faveur d'une action climatique urgente conforme aux données scientifiques".
 

Extraordinaire découverte archéologique à Majorque  08/10/2019

Elle a récemment été faite sur le site du talayot du Serral de ses Abelles, lieu qui doit accueillir prochainement un grand musée que l’île va dédier à son histoire. Une épée de bronze, vieille de quelque 3.200 ans, vient donc d’être trouvée lors d’une fouille préparatoire. Les deux archéologues Jaume Deyà et Pablo Galera ont découvert, presque par hasard, cette arme fendue en deux près d’un mégalithe. L’épée retrouvée, relativement bien conservée, serait selon les premières observations un vestige rare datant de la civilisation talayotique, le talayot est une construction de forme cylindro-conique attribuée aux Phéniciens. Cette période de l’histoire et de la culture des îles Baléares, encore mal connue, a été proposée en 2013 à l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco. Les spécialistes qui ont observé l’épée pensent qu’elle a appartenu à une famille aristocratique de la civilisation talayotique et aurait été enterrée en guise d’offrande. Jusqu’à maintenant, seules dix autres armes du même type ont été découvertes. Maintenant, il s’agit pour les archéologues de tenter de faire le lien entre ces épées et les talayots, des constructions mégalithiques qui pourraient être de petites forteresses militaires ou des tours de surveillance.

40e anniversaire de l’association Dante Alighieri en Principauté  07/10/2019

A cette occasion, se tient dans la Salle du Quai Antoine Ier, une exposition photographique d’Amedeo M. Turello "Ritratti e Paesaggi. L'Italia sul palcoscenico" . Elle est placée sous le haut patronage du président de la République italienne et de S.A.R. la princesse de Hanovre et bénéficie du parrainage de l’ambassade d’Italie à Monaco. Elle a été inaugurée en présence de S.E. Cristiano Gallo, le 7 octobre à 18h. L’exposition restera ouverte au public jusqu’au 10 novembre de 14 à 19h.

Grazia Soffici, directrice culturelle de l’association, rappelle comment ce projet est né "de l’urgence de parler de l’Italie que nous aimons, avec l’ambition de la repositionner, également à l’étranger, grâce à son charme, ses habitants, sa réalité et sa culture".
Quelque 300 images ont été sélectionnées par Amedeo M. Turello, qui en plus de 20 ans de carrière a réalisé le portrait des plus importants représentants du monde de l’art, du cinéma, de la culture et de la mode. Les portraits ont toujours été réalisés dans les conditions les plus naturelles qui soient, lumière, simplicité dans la composition, de façon à saisir l’instant où le sujet révèle sa nature la plus intime et la plus sincère. L’exposition réunit aussi des photographies de paysages italiens prises lors de voyages d’affaires, de pauses ou de vacances en famille. Les images sont réalisées avec tous types de support photographique, de l’appareil professionnel au téléphone portable et parfois même à l’appareil prêté sur le moment.

Selon Turello lui-même "Ce sont des images sur lesquelles je ne peux pas dire grand-chose parce qu’elles font déjà partie de notre histoire et de notre imaginaire collectif, elles racontent qui nous sommes et d’où nous venons. Elles représentent une sorte de madeleine de Proust, car elles ont la saveur de l’enfance, d’un vécu commun et font ressurgir un souvenir partagé".

Le 21 octobre, premier jour de la XIXe semaine de la langue italienne dans le monde, aura lieu à 19h, au Théâtre des Variétés, une conférence-débat "Ritratto italiano-Ritratto italiano; Italia dallo stereotipo alla realtà", en présence d’importants représentants du monde économique et culturel italien.

Rappelons que la Società Dante Alighieri dont le siège se trouve au palazzo Firenze à Rome a été fondée en 1889 par le poète Giosuè Alessandro Giuseppe Carducci, prix Nobel de littérature, en 1906. Son but est de promouvoir l 'apprentissage de la langue et la diffusion de la culture italiennes.

"Al Andalus, du mythe à l’Histoire"  05/10/2019

Dimanche 6 octobre, ce colloque rassemblera de 14 à 18 h, à l’ASIEM, 6 rue Albert de Lapparent dans le VIIe arrondissement de Paris, les meilleurs spécialistes de cette époque. Il est organisé par l’Association pour l’Histoire avec la collaboration d’Arnaud Imatz, membre correspondant de l’Académie royale d’histoire d’Espagne. Al-Andalus dont l’étymologie est fort controversée, désigne les territoires de la Péninsule ibérique et même certains du sud de la France sous domination musulmane, entre 711, début de la conquête et le 2 janvier 1492, fin de la reconquête et entrée des Rois catholiques dans Grenade. La région d’Andalousie a tiré son nom d’Al-Andalus.

Seront donc réunis Serafín Fanjul, professeur de littérature arabe à l’Université autonome de Madrid et membre de l’Académie royale d’histoire d’Espagne, Darío Fernández-Morera, docteur de l’université de Harvard et professeur au département d’espagnol et de portugais de l’université Northwestern dans l’Illinois ou encore Rafael Sánchez Saus, professeur d’histoire médiévale à l’université de Cadix et membre de l’Académie royale hispano-américaine des sciences, des arts et des lettres. Seront aussi présents les professeurs Marie-Thérèse et Dominique Urvoy. Tous reviendront sur l’époque et déconstruiront le mythe du rayonnement culturel hispano-mauresque et de cette espèce d’âge d’or où les citoyens d’origine et de religion diverses cohabitaient dans la plus parfaite harmonie et ils s’attarderont sur la réalité du système répressif imposé par les autorités musulmanes lors de leur arrivée dans la Péninsule.

Une leçon bien méritée  03/10/2019

Samedi 28 septembre dernier, au Music Hall de Cincinnati, la célèbre violoniste allemande Anne-Sophie Mutter interprétait le Concerto en ré majeur pour violon op. 61 de Beethoven , sous la direction de la sud-coréenne Eun Sun Kim à la tête de l'orchestre symphonique de cette ville de l’Ohio, le CSO. Au milieu du second mouvement, larghetto, la violoniste s'est subitement arrêtée de jouer et s’est dirigée vers une spectatrice, une jeune femme des tout premiers rangs qui filmait le concert avec son téléphone. Selon la critique du Cincinnati Business Courier, Anne-Sophie Mutter a dit "Ou je pars ou vous rangez votre téléphone". La spectatrice s’est levée et a répondu avec véhémence. Puis, Jonathan Martin président du CSO, l’a accompagnée hors de la salle, les spectateurs ont applaudi et quelques instants plus tard l’orchestre recommençait le deuxième mouvement du concerto.
Anne-Sophie Mutter se produisait pour la seconde fois de sa carrière au Cincinnati Music Hall, la première était en 2013. La saison 2019-2020 célèbre les 125 ans du CSO, ce qui donne lieu à des concerts prestigieux.

Une grande voix s'est tue  02/10/2019

Celle de la soprano américaine Jessye Norman qui s’est éteinte lundi 30 septembre à New York à l’âge de 74 ans, elle a succombé aux suites d’une septicémie.
Elle était née le 15 septembre 1945 à Augusta, en Géorgie dans une famille de musiciens amateurs qui lui ont communiqué leur passion.
Elle devait confesser plus tard qu’elle avait appris très jeune le piano "par amour du chant et le chant par amour de la vie". Elle se destinait à la médecine quand elle a entendu à la radio Rosa Ponselle et son existence a été transformée. Et la voix de contralto de Marian Anderson, première cantatrice noire à chanter au Met, fut aussi pour beaucoup dans ce changement d’orientation. Elle étudie à l’université Howard de Washington dont elle sort diplômée en 1967 et se perfectionne à Chicago auprès du baryton français Pierre Bernac, grand spécialiste de la mélodie. Elle découvre ainsi l’univers musical européen. En 1968, Jessye Norman obtient le premier prix au Concours international des radios allemandes et entre à la Deutsche Oper de Berlin. Elle y triomphe dans Elisabeth de Tannhäuser de Wagner. Les rôles s’enchaînent, chez Wagner, Mozart, Meyerbeer, Verdi, ou Strauss, à la Scala avec  Aïda, à Covent Garden avec son inoubliable Cassandre des Troyens de Berlioz. A partir de ce moment, elle se fixera en Europe.

En 1983, au Festival d’Aix-en-Provence avec sa Phèdre d’Hippolyte et Aricie de Rameau, mise en scène par Pier Luigi Pizzi, sous la direction de John Eliot Gardiner, elle conquiert un public fasciné par l’ampleur de sa voix et la majesté de son imposante présence. Sous la conduite des chefs les plus illustres, elle interprète les grands rôles du répertoire wagnérien. Partout elle impressionne par l’étendue de son répertoire couvrant de nombreuses époques avec les compositeurs les plus différents. Elle enregistre des lieder de Strauss, West Side Story ou la 2e Symphonie de Mahler. Elle précisera en 2010 "Je n'ai jamais chanté que des rôles qui me tenaient à cœur, qu'il s'agisse de rôles exposés, comme Carmen, ou de seconds rôles, comme Phèdre dans Hippolyte et Aricie. Ce sont, à chaque fois, des femmes de volonté et de caractère".

A Paris, sa participation aux cérémonies du Bicentenaire de la Révolution la fait connaître du grand public qui n’a pas oublié son apparition sur la place de la Concorde dans une immense robe aux couleurs du drapeau français ni son interprétation de La Marseillaise de Berlioz. Par la suite, on la voit moins sur les les scènes d’opéras, elle se consacre davantage à la mélodie, au lied, au gospel et au jazz.

Puis, elle reviendra à l’opéra, toujours avec le même succès accompagné d’interminables ovations quel que soit le chef ou le lieu. Ce qui a fait dire à Toni Morrison lors d’une soirée d’hommage à la cantatrice en 2014 "La beauté et le pouvoir, la singularité de la voix de Jessye Norman. Je ne me souviens pas d’autre chose de semblable". Et le prix Nobel de littérature 1993 de poursuivre "Je dois dire que parfois lorsque j’entends votre voix, cela brise mon cœur. Mais à chaque fois, lorsque j’entends votre voix, cela soigne mon âme".
Jessye Norman laisse une impressionnante discographie, opéra naturellement mais aussi symphonies, messes, oratorios, lieder, mélodies, cantates et spirituals.
La cantatrice a fondé à Augusta sa ville natale la "Jessye Norman School of the Arts" qui aide les jeunes artistes issus de familles défavorisées.
En 2014 paraissaient ses mémoires,"Stand Up Straight and Sing!" ou dans la traduction française “Tiens-toi droite et chante!”. Ces mots étaient ceux de sa mère lorsqu’elle commençait l’étude du chant. C'est aussi l'expression de l'éducation stricte qu'elle a reçue et qui lui a permis de devenir la grande artiste que nous regrettons.

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