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La méditation, au-delà des modes et des dérives – entretien avec Laurette Bergamelli 1/3


Par Rédigé le 09/10/2019 (dernière modification le 23/09/2019)

La méditation d’origine bouddhiste est devenue un véritable phénomène dans l’Occident. On l’enseigne dans les écoles et les entreprises. On scanne les cerveaux des moines bouddhistes. On la présente comme la thérapie de tous les maux, et on la dénigre aussi comme une simple mode. Le sourire de Bouddha se vend bien chez nous, c’est certain. Entre fonds de commerce et sagesse millénaire, où devrions-nous situer la méditation ?


Il n’est jamais trop tôt… Image par Honey Kochphon Onshawee de Pixabay
Il n’est jamais trop tôt… Image par Honey Kochphon Onshawee de Pixabay
entretien_meditation_1.mp3 Entretien Méditation 1.MP3  (854.36 Ko)

Quelques réponses avec Laurette Bergamelli, psychologue. À Trèves, en Allemagne, elle pratique depuis longtemps la méditation de la pleine conscience, l’enseigne et l’utilise comme moyen thérapeutique.

Nous sommes dans une époque des psychologies qui promettent des solutions miracles ou des techniques infaillibles. Comment vois-tu la pratique de la méditation dans ce contexte?

Je dirai la même chose: c’est la psychologie miracle (rire). Non, la méditation de la pleine conscience, comme on l’appelle, n’est pas vraiment une technique, c’est plutôt un mode de vie et je crois qu’elle n’est pas pour tout le monde. Pour certains ça peut être vraiment un miracle, comme elle a été pour moi, mais pour les trois quarts des gens ça ne va pas l’être. Parce qu’elle nécessite une pratique régulière, un investissement personnel important et même un effort de transformation de soi.

Donc la méditation serait plus une forme de sagesse, au sens ancien, qu’une technique?

Oui, mais c’est quand-même quelque chose de très concret et pragmatique. Il s’agit d’apprendre à mieux connaitre le fonctionnement de ses propres pensées et de ressentir ses sentiments, pour pouvoir être le plus près possible de la réalité de notre expérience. Quand nous sommes dans cette réalité, nous réalisons qu’il y a beaucoup plus de possibilités que nous n’en pensons d’habitude. Car nous avons des structures de pensée souvent très figées, et les possibilités que nous envisageons sont la plupart du temps très limitées. La pratique de la méditation nous fait progressivement prendre conscience de ces structures figées et nous rend capables d’en sortir, de se développer au-delà de nos propres confinements. Et ainsi nous souffrons moins et nous profitons plus de la vie.

Tu parles de "souffrir moins". Mais si on regarde autour de nous, tout le monde veut nous faire souffrir moins, mais aussi penser moins, et être un peu robotisés. Est-ce que la méditation va dans le même sens?

Je pense qu’elle nous aide en nous apprenant à traiter les situations désagréables. La méditation ne nous promets pas qu’il n’y aura plus des choses désagréables, ni qu’elles deviendront agréables. Le but est tout simplement de nous rendre flexible vis-à-vis de la réalité et de nous faire prendre conscience de ce dont nous souffrons vraiment.
Car nos souffrances viennent en général du fait que nous refusons certains aspects de la vie et de nous-mêmes. On proteste contre le mauvais temps, ou parce qu’il y a encore des épinards à midi, ou parce qu’on a un bouton sur le nez. On ne veut pas voir et sentir la réalité telle qu’elle et d’accepter certaines choses que l’on ne peut pas changer. La méditation peut nous apprendre à sortir de cela et à développer progressivement une certaine équanimité, ou stabilité.
Cette équanimité n’est pas très à la mode aujourd’hui. Maintenant on aime les émotions fortes, le spectacle. La méditation est presque le contraire. Cependant ce n’est pas un état passif, au contraire, c’est un état très vivant mais serein.

Comment est-ce que tu vois cela par rapport, par exemple, à la psychologie en général, qui dit finalement la même chose: il faut prendre conscience de soi-même?

Il me semble que la psychologie en général reste une démarche trop mentale, axée exclusivement sur les pensées. À mon avis, elle nous aide trop peu à ressentir vraiment nos sentiments et ceux-ci continuent à rester bloqués dans le corps, donc dans l’inconscient.
On est plus dans la parole. La parole peut provoquer des sentiments, mais ensuite on les laisses là, on s’en occupe plus. Parce que, je pense, les thérapeutes n’apprennent pas eux-mêmes à ressentir leurs propres sentiments, donc ils ne peuvent pas apprendre cela à leurs patients.
Moi, je suis très radicale à ce sujet, parce qu’il me semble qu’apprendre à prendre conscience de sa structure de penser et à ressentir réellement ses sentiments, c’est comme apprendre à lire ou à écrire: c’est essentiel. Tant que l’on n’a pas appris cela, on va être comme un petit drapeau dans le vent, ce qui nous rend très, très instables.

Alors pourquoi on ne nous apprend jamais à ressentir nos sentiments ? Si c’est une chose si essentielle…

Parce que c’est aussi la chose la plus refoulée qu’il soit.

Est-ce que cela pourrait avoir à faire avec la domination masculine. Les hommes doivent traditionnellement cacher leurs sentiments, donc toute la culture doit aller dans le même sens...

Oui, mais je ne pense pas, car les femmes le font aussi. On pense souvent que les femmes peuvent traiter les sentiments d’une meilleure manière, mais moi je ne le crois pas. Elles peuvent en parler, et elles en parlent plus, c’est vrai, mais en fin de compte elles ne savent pas non plus ce que c’est, les sentiments.
Je pense que ce savoir n’a jamais existé dans notre culture, donc on ne peut pas nous l’enseigner. Le seul endroit où j’ai vraiment rencontré une autre façon de traiter les sentiments c’est dans les cercles bouddhistes. C’est le seul endroit où on m’a dit: "Tu dois être présente avec tes sentiment, tels qu’ils arrivent. Tu ne fais rien, tu es là, tu ressens ce qu’il se passe dans ton corps, tu identifies tes pensées et leur rôle, et tu restes là. Pour le moment il n’y a rien d’autre à faire". En réalité c’est très simple. Je ne sais pas pourquoi on est arrivés à un tel niveau de répression, de refoulement.








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